Dix-sept ans après la tragédie du vol AF447 reliant Rio de Janeiro à Paris, la cour d'appel de Paris rendra ce jeudi une décision tant attendue concernant Air France et Airbus, poursuivis pour homicides involontaires. Les deux entreprises avaient été relaxées lors du premier procès, mais le parquet a récemment revu sa position, réclamant désormais une condamnation symbolique.
Le 1er juin 2009, le vol AF447 s'est abîmé dans l'Atlantique peu après son décollage, entraînant la mort de 216 passagers et 12 membres d'équipage. Les enquêtes ont pointé du doigt le givrage des sondes Pitot, critiquées pour avoir fourni des informations erronées au cockpit, plongeant l'équipage dans la confusion, particulièrement en raison des turbulences de la zone appelée "Pot au noir".
La justice face à un changement de ton
Lors du premier procès en avril 2023, le tribunal correctionnel de Paris avait reconnu des imprudences de la part d'Air France et d'Airbus sans établir de lien direct entre ces négligences et le crash. Cependant, lors des audiences d'appel de l'automne dernier, le parquet a requis des condamnations, arguant que les erreurs commises par les deux entreprises avaient bel et bien contribué à la catastrophe. Les avocats du parquet ont évoqué un manque d'empathie de la part des deux groupes, critiquant leur « défense en granit » et soulignant l'indécence d'une telle posture face aux familles en deuil.
Airbus est accusé d'avoir minimisé la gravité des défauts des sondes, tandis qu'Air France est mise en cause pour son manque d'informations sur les procédures à suivre lors de tels incidents. Bien que la loi ne permette qu'une amende maximale de 225 000 euros, cette condamnation serait un signal fort pour l'industrie aéronautique.
Les positions des entreprises
Malgré la gravité des accusations, Airbus maintient qu’elle n’a pas de responsabilité pénale dans cette affaire. Selon le PDG, Guillaume Faury, l’entreprise reconnait la complexité de l'accident et fait valoir les erreurs humaines des pilotes comme facteur contributif essentiel. De son côté, Anne Rigail, directrice générale d'Air France, souligne l'absence de faute pénale, tout en affichant sa compassion pour les proches des victimes, une prière qui a été mal reçue par les parties civiles.
Les proches des victimes réclament justice
Les familles des victimes, regroupées au sein de l'association Entraide et solidarité AF447, attendent avec impatience le jugement. Danièle Lamy, présidente de l'association et mère d'une victime, évoque l'espoir d'un jugement "courageux et exemplaire" qui pourrait mettre un terme à cette longue quête de justice. Pour elle, adresser des manquements à la sécurité aérienne pourrait empêcher qu'une telle tragédie ne se reproduise.
Marilène Lafarge, mère d'une autre victime, espère également que ce procès sera l’occasion pour Airbus et Air France de reconnaître leurs fautes, une demande partagée par de nombreuses familles qui souhaitent voir des changements significatifs dans l’industrie aéronautique.
Alors que le délibéré approche, toutes les attentes se portent sur une décision qui pourrait redéfinir la responsabilité des grands noms de l’aviation civile face à des enjeux humains cruciaux.







