Alors qu'il se prépare pour la présidentielle, Edouard Philippe est la cible d'une enquête judiciaire liée à d'importants soupçons de détournement de fonds publics, de favoritisme, de prise illégale d'intérêt et de concussion dans la ville du Havre, qu'il dirige en tant que maire.
Tout a débuté avec une lanceuse d'alerte, prénommée "Judith" pour préserver son anonymat, qui a déposé une alerte en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF), entraînant l'ouverture d'une enquête et plusieurs perquisitions dès avril 2024. En juin 2025, Judith a même déposé une plainte accompagnée d'une constitution de partie civile.
La réponse du PNF ne s'est pas fait attendre, un réquisitoire introductif a été établi le 7 mai, une étape cruciale qui permet de transmettre l'affaire à un juge d'instruction afin d'encadrer l'enquête.
L’avocat de la lanceuse d'alerte, Jérôme Karsenti, a déclaré à l'AFP que sa cliente se réjouit de l'évolution judiciaire et attend avec impatience d'être entendue par le juge, une réaction qui met en lumière la volonté de transparence, selon lui.
De son côté, Edouard Philippe a toujours nié ces accusations. Dans un communiqué, son entourage a indiqué qu'il apprend l'ouverture de l'information judiciaire par la presse et qu'il est prêt à répondre à toutes les interrogations des autorités, insistant sur le fait qu'il a agi toujours avec sérénité.
Les accusations concernent également Stéphanie de Bazelaire, adjointe à l'innovation et au numérique, et Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine du Havre, qui sont citées dans les documents judiciaires.
Selon la plainte, une relation implicite entre Philippe et De Bazelaire pourrait avoir existé, caractérisée par un soutien politique et financier en échange de la gestion de la Cité numérique, un lieu d'innovation. Judith, ancienne directrice générale adjointe de la communauté urbaine, souligne que cette affaire soulève de sérieux doutes sur l'intégrité des démarches entreprises dans cette structure.
Le climat de travail autour de la Cité numérique a dégénéré après qu'elle a soulevé ces problématiques, conduisant même à des accusations de harcèlement moral. Son contrat n'a pas été renouvelé suite à ses alertes.
Les soupçons englobent une convention d'objectifs pluriannuelle pour la gestion de la Cité numérique, signée en juillet 2020 par Philippe et De Bazelaire sous une association dédiée, LH French Tech. Cette association avait été sélectionnée après un appel à candidatures lancé par la communauté urbaine, pour le développement de projets dans le cadre d'un service d'intérêt économique général (SIEG).
Il est rapporté que l'association, qui touchait plus de 2 millions d'euros pour ses opérations, semblait fonctionner dans un contexte d'opacité. Judith avait déjà alerté sur la faible activité de la structure et relevé des salaires élevés pour certains jeunes employés.
Le 2023, l'association LH French Tech a été placée en liquidation judiciaire, soulevant encore plus de questions sur la gestion financière de la Cité numérique. La situation actuelle de Philippe illustre les enjeux éthiques et politiques qui entourent son rôle à la mairie, un sujet brûlant à l'approche des élections présidentielles.







