Une semaine après des tensions entre des enfants et un riverain, armé d'une carabine et accusé d'avoir tenu des propos racistes, plus de 200 personnes se sont rassemblées dans le quartier de l'Arbousset à Espaly-Saint-Marcel pour dénoncer la banalisation du racisme.
Sur le tract appelant au rassemblement, les habitants avaient écrit : "À Espaly, les enfants ne chassent pas les œufs en chocolat, ils se font chasser parce qu'ils sont de couleur chocolat". Ce samedi après-midi, les résidents se sont retrouvés au pied des immeubles, avec des banderoles colorées confectionnées par les plus jeunes pour exprimer leur mécontentement. Enzo, un jeune de 13 ans, a fait part de son ressenti : "On n'est pas potentiellement de couleur, mais ça nous fait mal parce qu'on a grandi avec des enfants de couleur. Les voir se faire discriminer, ça nous fait mal".
Noureddine, le père accusant le suspect d'avoir visé son fils avec une carabine, était ému par cette démonstration de solidarité. "Ça fait chaud au cœur de voir ce monde. On ne se sent pas seuls. Ça nous soutient vraiment", a-t-il déclaré. Au départ, la plainte déposée par Noureddine n'évoquait pas la dimension raciste des événements. Romain Montbeyre-Soussand, de SOS Racisme, a noté que "il a fallu que SOS Racisme intervienne auprès du Procureur pour que le caractère raciste soit pris en compte. Il y a un manque d'attention à cette question au niveau national" selon ses dires.
Une parole politique trop rare
Les intervenants de SOS Racisme et Pierre Marsein, leader de la CGT de Haute-Loire, ont souligné la faiblesse de la réaction politique face à cette situation. Marsein a pointé du doigt l'absence du député Laurent Wauquiez, notant qu'"sortir une carabine au milieu d'un lotissement où des enfants jouent, ça me paraît hallucinant", ajoutant que son silence montre un décalage entre les discours de sécurité et la réalité vécue par les habitants. La maire d'Espaly-Saint-Marcel n'était pas présente lors de ce rassemblement.
Deux plaintes : une pour violences avec armes, l'autre pour injures racistes
Suite aux incidents survenus dimanche dernier, le parquet du Puy-en-Velay a ouvert deux enquêtes. Dans un premier temps, la dimension raciste n’était pas clairement établie dans la plainte de Noureddine. Cependant, une seconde plainte a été déposée après que les injures racistes n'aient pas été mentionnées dans la première. Cela a conduit à une enquête distincte pour injure publique, en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion.
Le suspect n'habite plus le quartier. Un gardien employé par le bailleur social a confirmé qu'il avait été relogé ailleurs. Lors d'une précédente rencontre, cet homme de 65 ans avait exprimé son exaspération face au bruit des enfants, affirmant avoir tiré en l'air pour les effrayer. Il doit comparaître en juillet prochain devant le tribunal du Puy-en-Velay.







