L'"Oracle", le "Maestro": Alan Greenspan, figure emblématique de la finance, a gardé une empreinte indélébile sur la politique monétaire américaine pendant près de deux décennies, mais sa réputation a été sérieusement compromise par la crise financière de 2008.
Ce visionnaire, à la tête de la Réserve fédérale de 1987 à 2006, est décédé à l'âge de 100 ans, laissant derrière lui un héritage complexe.
Connu pour ses discours souvent obscurs, Greenspan a su inspirer la confiance des marchés, négociant habilement entre administrations républicaines et démocrates. Son humour mordant se manifestait dans des déclarations telles que celle de 1988 : "Je dois vous dire que si je semble particulièrement clair, c'est sans doute que vous ne m'avez pas compris".
Né à New York en 1926, Greenspan est le fils d'un courtier en bourse et d'une vendeuse d'origine polonaise. Sa passion pour les mathématiques et sa formation en musique ne l'ont pas empêché de faire carrière dans la finance.
Influencé par Ayn Rand, penseuse libertaire, Greenspan a entretenu des relations personnelles et professionnelles avec elle, notamment grâce à son mariage avec Joan Mitchell en 1952. Ce n’est qu’en 1997 qu'il se remarie avec Andrea Mitchell, journaliste de NBC.
Son parcours politique commence avec Richard Nixon, où il devient conseiller lors de sa campagne présidentielle en 1967. En 1974, il est nommé chef des conseillers économiques de la Maison Blanche, juste avant la démission de Nixon due au Watergate.
- Cinq mandats -
Nommé à la tête de la Fed par Ronald Reagan, il fait face à l’un des plus grands krachs de l’histoire, le "Lundi noir" du 19 octobre 1987, où la bourse américaine perd 20% en une journée. Grâce à une intervention rapide de la Fed, il réussit à stabiliser la situation.
Greenspan, malgré ses affiliations républicaines, est reconduit plusieurs fois grâce à sa capacité à travailler avec des démocrates, comme Robert Rubin sous la présidence de Bill Clinton. Ensemble, ils orchestrent une politique de réduction du déficit qui entraînera des excédents budgétaires historiques entre 1998 et 2001.
La fin des années 90 est marquée par une euphorie boursière, Greenspan commentant que le pays assistait à "la démonstration la plus convaincante de l'histoire d'êtres libres opérant dans un marché libre". Pourtant, l’éclatement de la bulle internet en 2000 n'épargne pas sa réputation, bien qu'il avait anticipé cette "exubérance irrationnelle".
En quittant la Fed en 2006, Greenspan rédige "The Age of Turbulence", où il analyse les crises vécues durant son mandat. Mais la crise de 2008, que beaucoup lui attribuent en raison de ses politiques de dérégulation et de taux d'intérêt bas, viendra assombrir son héritage. Face au Congrès, il avoue : "Oui, j'ai trouvé une faille (...) et cela m'a plongé dans un grand désarroi".







