Souffrant d'une réputation sulfureuse, l'usine de pâte à papier Fibre Excellence Provence (FEP) est vue comme un repoussoir pour les visiteurs et les habitants. Cependant, la dégradation de ses finances et son placement en redressement judiciaire soulèvent d'importantes préoccupations.
Érigée le long du Rhône, la vaste cheminée rouge et blanche de l'usine est synonyme de notre bien-aimée Tarascon, mais, pour beaucoup, elle est aussi le symbole d'un environnement pollué, avec des nuisances olfactives désagréables évoquant un mélange d'odeur d'œufs pourris et de légumes pourrissants.
Aurore Viviani, une mère habitant à proximité, témoigne : "On s'est habitué à cette odeur. L'usine est là depuis longtemps, et j'ai confiance en ses efforts de régulation." En revanche, une retraitée sur le marché défend avec ferveur l'usine : "C'est une partie de notre identité, il faut la préserver!"
Le maire de Tarascon, Alexandre Ducouret, insiste sur l'importance économique de l'usine, avec 270 emplois en jeu. Pourtant, Me Vanessa Godier, avocate représentant plusieurs ONG écologistes, met en lumière des violations répétées de normes environnementales et de santé publique : "Les nuisances sonores et olfactives sont insupportables et affectent gravement nos vies", affirme-t-elle.
Le contexte est préoccupant. Atmosud, l'organisme surveillant la qualité de l'air, souligne que les plaintes concernant les odeurs de FEP sont anciennes. Selon Sébastien Mathiot, responsable d'Action Territoriale chez Atmosud, des mesures d'hydrogène sulfuré ont été en hausse et l'usine est souvent citée comme une source principale.
Santé publique et conséquences environnementales
Des études de Santé Publique France révèlent que les habitants ressentent des maux de tête, des nausées, ainsi que divers problèmes respiratoires. En 2021, alors qu'elle faisait face à des poursuites pour pollution, l’usine a bénéficié d’une clémence judiciaire, la partie adverse demandant une amende modeste en raison de sa situation économique turbulente.
Actuellement, les signaux d’alarme restent. Bien qu’Atmosud estime que les émissions soient sous des seuils critiques, l'Agence régionale de santé signale que les nuisances persistent et impactent la qualité de vie.
Interrogée par l'AFP, la direction de FEP insiste sur ses efforts d'assainissement, ayant investi plus de 4 millions d'euros dans des améliorations. Cependant, un voisin, Bruno Eymeric, critique férocement l’usine et ses installations vieillissantes, la qualifiant de "poubelle".
La situation est encore plus troublante à Saint-Gaudens, où se situe une autre usine du groupe, accusée de polluer l'eau potable en raison de rejets de chlorates. L'association écologique Les Flamants roses du Trébon, en guerre contre l’entreprise, évoque un “chantage à l’emploi”, mettant en avant un scénario d’un déjà-entendu.
Historiquement, Fibre Excellence a connu des restructurations majeures, avec des perturbations significatives sur sa chaîne d'approvisionnement et une stratégie de rachat controversée par Paper Excellence, propriété d'un géant industriel indonésien. Aujourd'hui, avec des tarifs pour l'électricité en augmentation, l'entreprise doit naviguer un avenir incertain où sa survie pourrait dépendre de sa capacité à satisfaire à des normes environnementales strictes.
Sur le long terme, la région Occitanie envisage de demander que la dépollution des sites de Tarascon et Saint-Gaudens soit supportée par l'entreprise si elle devait faire faillite, ce qui pourrait représenter un coût monumental de 500 millions d'euros.







