La vache normande, emblématique des paysages normands avec ses taches marron et blanches, fait face à un défi majeur : sa population s'érode. « En dix ans, nous avons perdu 35 % de nos effectifs au niveau national, et 25 % en Normandie », déplore Philippe Macé, responsable de la « normandisation des cheptels » à la région, qui a récemment visité l'exploitation de Jean-Marc Labbé à Maisoncelles-la-Jourdan, dans le Calvados.
Un des principaux problèmes est le vieillissement des éleveurs et le manque de reprise des exploitations. Dans ce contexte, Cyprien Hervieu, un éleveur du bocage, souligne l'enjeu économique : il faut 15 vaches normandes pour produire la même quantité de lait que 10 vaches Holstein. Plus de bétail implique plus de main-d'oeuvre et, potentiellement, des complications. Pourtant, Cyprien défend farouchement « un patrimoine régional » et affiche une exploitation entièrement dédiée aux vaches normandes.
Une moyenne de 2000 têtes de plus par an
En 2017, la collectivité a mis en place un programme pour encourager la « normandisation des cheptels », offrant des subventions pour l'achat de jeunes génisses, d'embryons et d'inséminations artificielles. Au bilan, 2000 vaches supplémentaires en cinq ans – une avancée, mais jugée insuffisante. En 2023, le dispositif a été révisé pour inclure les laiteries. Des subventions allant de 35 euros pour la semence aux 460 euros pour une vache adulte ont ainsi été instaurées, alors que les prix de rachat du lait commencent à augmenter. Clotilde Eudier, vice-présidente de la région, fait savoir : « Les industriels sont maintenant impliqués et soutiennent les éleveurs qui optent pour la normandisation. »
Cyprien Virgile, par exemple, touche jusqu'à 15 euros de plus par 1000 litres de lait. D'autres coopératives laitières normandes suivent cette voie, permettant même à Jean-Marc Labbé de recevoir 40 à 50 centimes supplémentaires par kilo de viande. Bien que cette valorisation soit intéressante, les éleveurs estiment qu'elle pourrait encore progresser. En effet, la vache normande présente de réels avantages : elle est polyvalente, produisant à la fois du lait de qualité et de la viande savoureuse.
Les vaches normandes sont également essentielles pour les AOP (Appellations d'Origine Protégée). Par exemple, le livarot doit composer 100 % de lait de vaches normandes, tandis que des pourcentages variés s'appliquent aux fromages comme le Neufchâtel et le camembert.
Dans le même temps, la région envisage de créer une marque collective pour renforcer la reconnaissance des qualités bouchères de la vache normande, dans une démarche qui pourrait transcender les AOP. Face à une démographie agricole délicate à gérer, il reste essentiel de réintroduire cette vache emblématique sur la carte postale normande.







