Une enquête parue le 3 mai dernier sur Mediapart interroge l'origine de Sophie la girafe, le célèbre jouet dont la réputation de fabrication française pourrait être en pleine crise. Produite à des centaines de milliers d'exemplaires chaque année, cette icône, lancée en 1961, voit son image de "made in France" remise en question par des allégations de production en Chine.
Vendu entre 700 000 et 800 000 pièces par an en France et présent sur les marchés de 85 pays, Sophie est devenue un symbole pour de nombreux parents. Cependant, Mediapart révèle que Vulli, le fabricant, aurait délocalisé une partie de sa production en Chine, ce qui jette une ombre sur l'authenticité de son image française.
Malgré cela, certains distributeurs continuent de promouvoir Sophie comme étant "fabriquée en France". Sur le site de Fnac, elle est souvent présentée ainsi, tout comme sur d'autres plateformes comme JouéClub, qui évoque "la plus adorable des girafes françaises". Le dossier presse de Vulli insiste sur son processus de fabrication, qualifié d'"artisanale", avec plus de 14 étapes manuelles et utilisant du caoutchouc "100% naturel".
Historiquement, Sophie la girafe a été fabriquée en France – à Asnières-sur-Oise jusqu'en 1981, puis à Rumilly en Haute-Savoie. Cependant, selon Mediapart, une grande partie de la production aurait été transférée dans des usines chinoises depuis 2013, laissant les sites français en déclin.
L'enquête indique que les jouets sont souvent fabriqués en Chine avant d'être envoyés en France pour l'emballage, transformant l'atelier de Rumilly en "outil de démonstration". "On plaçait quatre ou cinq personnes dans l’atelier, la matière première était périmée. Tout était faux", s'est exprimé un ancien cadre après avoir partagé ses inquiétudes sur ces pratiques.
De plus, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) aurait signalé des emballages affichant le label "Made in France". Une enquête en cours vise à vérifier les allégations de pratiques commerciales trompeuses. Bien que la DGCCRF ait préféré garder le silence sur des entreprises spécifiques, elle souligne que des erreurs concernant l'origine des produits pourraient entraîner des sanctions sévères.
Face à ces révélations, Vulli a reconnu une partie de sa production en Chine. Selon Alain Thirion, le dirigeant de Vulli, cette situation serait "temporaire" et il assure que chaque girafe est contrôlée en France. Il a également souligné que la production asiatique existe "pour partie" depuis 30 ans, justifiée par des difficultés sur le site de Saint-Nabord. Thirion exprime son désir de revenir à une production entièrement française dès que possible.
Dans le secteur, les distributeurs affichent leur perplexité face à ces révélations, constatant l'absence de clarté quant au pays d'origine sur les emballages. Un professionnel a même partagé son étonnement, ayant toujours cru en une production française proche d'Annecy. Mediapart indique que les coûts de production en Chine sont considérablement plus bas, d'où la stratégie de Vulli pour maintenir sa croissance, avec un chiffre d'affaires dépassant 35 millions d'euros en 2022.
Cependant, cette orientation pourrait s'avérer risquée pour la marque, qui tire sa force de son image française. Sophie la girafe a déjà affronté des problèmes de réputation, tel que la présence de moisissures dans les jouets en 2016. Face aux nouvelles préoccupations sur l'origine, il est clair que la confiance des consommateurs pourrait être gravement impactée.







