Le gouvernement s’engage à prendre le temps nécessaire pour élaborer une réforme des retraites ambitieuse. Prévue à l'origine pour 2018, l’adoption d'une loi-cadre, qui déterminerait un nouveau système unifié, pourrait finalement être mise en attente jusqu'en 2019.
"Les élections professionnelles dans la fonction publique approchent, souligne une source proche du dossier. Dans ce contexte, une action hâtive pourrait entraîner une opposition généralisée."
la délicatesse du dossier
Le climat social étant particulièrement tendu, le risque de contestation est élevé. Certains syndicats, comme la CGT ou Force Ouvrière, sont susceptibles de mobiliser leurs membres, désireux de rattraper une faible mobilisation antérieure lors des réformes du code du travail. Jean-Louis Deroussen, responsable des retraites à la CFTC, l'affirme : cette question est toujours délicate.
Pour contourner toute opposition unie entre les différentes organisations syndicales, le gouvernement devra agir avec prudence. "Deux options s'offrent à nous : agir rapidement début 2018 ou temporiser pour passer au-delà des élections européennes de juin 2019," indique un acteur du dossier. C'est cette seconde voie qui semble privilégiée, bien que les premiers échanges avec les parties prenantes aient déjà été initiés.
Emmanuel Macron a récemment convoqué une réunion à l’Élysée, en compagnie du haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, du Premier ministre Édouard Philippe, ainsi que des ministres concernés.
vers un système universel
Les grandes lignes de la réforme prônée par Macron se résument au slogan : "Un euro cotisé donne les mêmes droits à chaque citoyen". Cela implique la simplification du système actuel, qui compte près de quarante régimes différents, afin de garantir équité dans les âges de départ et le montant des pensions, indépendamment du statut du travailleur.
un système de retraite par points
La réforme introduira également un système de retraite par points, semblable à celui des régimes complémentaires. Chaque actif accumulera des points en fonction de ses cotisations annuelles. Lors de leur départ à la retraite, ces points seront convertis en pension, avec des valeurs ajustées selon plusieurs critères (durée de cotisation, espérance de vie, etc.).
Cette approche, plus claire, favorisera également la mobilité professionnelle, permettant aux individus de conserver leurs points tout au long de leur carrière, quel que soit leur statut. Néanmoins, la transformation des régimes spéciaux, comme ceux des agents de la SNCF ou de la RATP, suscite des inquiétudes, rappelant les tensions de 1995.
"Un régime unique ne signifie pas des retraites uniformes à tous les âges, défend Frédéric Sève de la CFDT. Des ajustements peuvent être opérés à l'intérieur même du système." Par exemple, des fonctionnaires de certaines catégories pourraient éventuellement bénéficier de départs anticipés. Il est crucial de ne pas combiner cette réforme avec l’augmentation de l’âge légale de départ ou la prolongation de la durée de cotisation, promesse faite par Macron durant sa campagne.







