TRIBUNE. L’histoire se répète souvent, avec des erreurs du passé qui nourrissent la violence et, parfois, le chaos. Cependant, notre époque se distingue : pour la première fois en France, le pouvoir s'auto-sabotage de lui-même, sans adversaires à ses côtés. Est-il plus tragique qu'un suicide à l'odeur de vertu ?
Ireneo Funes, héros d'une nouvelle de Borges nommée Funes ou la Mémoire, acquiert, à la suite d'un accident, une mémoire prodigieuse mais paralysante. Chaque événement et sensation se grave en lui avec une précision clinique, faisant de lui un prisonnier de son propre souvenir. Borges illustre cela par cette phrase : « ma mémoire, Monsieur, est comme un dépotoir ».
Il semble que le syndrome Ireneo menace notre époque. L'accumulation colossale d’informations fait de notre esprit un entrepôt désordonné où se mélangent idées et impressions. Pourtant, penser, c'est trier, hiérarchiser ; c'est écarter l'accessoire pour saisir l'essentiel. La France doit se libérer du syndrome d'Ireneo pour avancer vers un futur cohérent.
Les féodalités internes
Notre histoire montre que l'État français a souvent dû composer avec des féodalités internes, qu'elles soient aristocratiques ou bourgeoises. Des figures emblématiques telles qu'Étienne Marcel face à Jean II le Bon, ou la Fronde illustrent ces luttes constantes. Bien qu'elles aient varié, ces révoltes avaient un but commun : contester l'autorité centrale.
La France a donc toujours cherché à contrôler ces forces centrifuges pour bâtir un royaume uni. Mais, un retournement inédit se profile : l'État, ancien rempart, devient aujourd'hui partenaire des puissances particulières, ce qui contribue à l’érosion de sa propre force.
Les féodalités externes
Tout au long des siècles, le pouvoir français a dû faire face aux puissances extérieures, des royaumes concurrents aux empires. La originalité contemporaine réside dans un constat alarmant : loin de les combattre, la France pactise avec elles, agissant souvent contre ses propres intérêts. La passivité à l'égard des influences extérieures fragilise notre nation.
La lutte entre l’État et les juridictions
Un autre aspect à souligner est la relation entre l'exécutif et les institutions judiciaires. Autrefois en opposition, l'État français collabore maintenant avec ses plus hautes juridictions, contribuant à l’affaiblissement progressif de sa propre autorité.
Vers la Révolution ?
Cette combinaison de renoncements et d’auto-sabotage pousse à réfléchir. Les parallèles avec la période précédant la Révolution française se dessinent. La montée de la dette rappelle des moments historiques préoccupants, mais la dynamique actuelle diffère. Contrairement à 1788, aujourd'hui, diverses puissances internes et externes profitent d’un pouvoir affaibli sans se soucier des répercussions.
Le risque de troubles généralisés se dessine, possiblement de manière similaire à 1788 face à des facteurs économiques et sociétaux qui pourraient provoquer des émeutes. Les intérêts des uns pourraient bientôt se heurter à ceux du peuple, créant des tensions.
Conclusions
Interpeller le présent reste crucial. Si certains évoquent une continuité historique avec le passé, la situation actuelle est unique dans son ampleur. Jamais auparavant la France n'a consenti de telles concessions sans contrainte extérieure. Au fil du temps, l'Histoire jugera ceux qui ont pris part à ce déclin. C'est là le véritable défi de notre époque.







