Chaque chantier de construction génère d'importants volumes de terre, souvent laissés inexploités. À Lyon, une initiative innovante vise à revaloriser ces ressources en les rendant à nouveau fertiles. Ce processus répond à la demande grandissante d'espaces verts urbains, notamment dans un contexte de canicule accrue.
Face aux vagues de chaleur, les villes prennent conscience de l'importance de reverdir des surfaces bétonnées. Mais comment cultiver des arbres et des prairies sur d'anciennes zones industrielles ou des parkings asphaltés ? La terre, souvent stérilisée sous le béton, nécessite un renouveau. Il faut donc ajouter de la terre fertile pour favoriser l'implantation des végétaux. Traditionnellement, cette ressource est extraite de terres agricoles situées loin des villes, un manque qui se fait sentir au fur et à mesure que ces terres se raréfient.
En 2018, dix entreprises paysagistes lyonnaises ont uni leurs efforts au sein d'une structure nommée Terres Fertiles. Leur approche vise à récupérer les terres excavées lors des chantiers, pour les enrichir naturellement afin de leur redonner vie. En France, environ 160 millions de tonnes de terre sont excavées chaque année, souvent à destination de carrières, alors qu'elles pourraient être réutilisées.
Pour garantir la qualité de la terre, un premier examen en laboratoire est réalisé pour vérifier sa propreté. Pierre Georges, directeur de Terres Fertiles, explique : “On analyse sa texture et sa composition pour voir comment la réactiver biologiquement et créer un sol fertile.”
Si les analyses sont concluantes, la terre est ensuite transportée vers des sites de stockage à proximité des villes pour minimiser le transport. Elle est mélangée avec de la matière organique, comme du compost issu de déchets végétaux et alimentaires, qui va nourrir le sol. Ce mélange est ensuite ensemencé et laissé reposer pendant plusieurs mois pour assurer son développement.
Des pouponnières de terre
Ces sites de stockage, surnommés "pépinières de terre", permettent aux graines de germer et à la nature de redémarrer son cycle. Pierre Georges décrit le processus : “On observe la texture et la circulation des racines dans le sol pour déterminer sa vitalité.”
Une fois suffisamment mature, la terre peut être utilisée sur des chantiers de végétalisation, comme celui de l'ancienne usine ACI à Villeurbanne, où trois hectares seront transformés en espaces verts. Le volume de terre nécessaire est estimé entre 10 000 et 13 000 m³.
Grâce à ce projet, plusieurs parcs urbains lyonnais ont été réalisés, ainsi que des rues végétalisées. Philippe Baron, responsable à la Métropole de Lyon, souligne une performance remarquable : “Sur les 12 000 arbres que nous entretenons, moins de 3 % échouent.” Cela contribue à rendre la ville plus agréable et respirable, particulièrement lors des périodes de forte chaleur.
Changer les habitudes
Ce modèle de réutilisation des terres est un véritable chantier de sensibilisation. Pierre Georges évoque les défis à relever : “C'est un grand défi de changer les mentalités. Il faut démontrer que la terre de chantier améliorée est aussi efficace, voire meilleure, que celle provenant des champs.” Il précise : “Le sol n'est pas une ressource à négliger. Sa santé est essentielle pour le développement des plantes et notre bien-être.”







