Retour au collège Libertaire Rutigliano, à Nantes, trois semaines après le tragique décès d'Elidjah, un jeune de 15 ans victime d'une balle dans un hall d'immeuble. Ce soir-là, le 14 mai, il a été touché par la violence liée au trafic de drogue qui gangrène le quartier de Port-Boyer, où l'établissement est situé. Écolier en classe de 4ème, sa mort a bouleversé l'ensemble de la communauté éducative.
Depuis ce drame, le collège tente de retrouver son équilibre. Selon des parents, comme Stéphane, père de deux filles scolarisées à Rutigliano, la situation demeure tendue : "Vous avez des enfants qui pleurent aux toilettes et des enseignants qui s’effondrent en classe. C'est devenu triste et difficile d'expliquer cela à nos enfants", confie-t-il avec émotion.
Il est à noter que certains élèves n'ont pas encore repris le chemin de l'école. Les filles de Stéphane, par exemple, vivent des moments d'angoisse : "Elles ne sont pas tellement choquées au point de ne pas revenir, mais l'insécurité entre la maison et l'établissement les préoccupe'', raconte-t-il.
La mort d'Elidjah a laissé des cicatrices profondes, tant chez les élèves que chez leurs parents. Solène, mère d'un élève en 5ème, fait part de son choc : "Nous avons immédiatement eu une pensée pour sa famille, car cela aurait pu être notre enfant". Plus encore, elle souligne que le deuil est difficile à porter à l'échelle collective.
C'est terrible de vivre un deuil pareil et de le porter collectivement
Aucuns enseignants n'ont souhaité s'exprimer publiquement. Cependant, collectivement, le corps professoral souffre. Audrey, maman d’une élève en 6ème, partage que ses propres enfants ont souvent des souvenirs émotionnels liés à la tragédie : "Une de mes filles a évoqué une enseignante en pleurs, moralisant le groupe sur le sujet," dit-elle. "C'est un poids à porter, d'autant plus que l'aspect collectif de ce drame fait écho aux souvenirs d'Elidjah. La communauté éducative est résignée, mais il faut continuer à éduquer avec responsabilité."
Malgré le préjudice, la vie scolaire reprend lentement ses droits. Audrey souligne que, bien qu'une psychologue scolaire soit disponible pour ceux en détresse, le sujet est abordé avec prudence afin de ne pas raviver la douleur. "Nous sommes déjà à trois semaines de ce drame. Les professeurs sont attentifs, mais veulent aussi avancer," conclut-elle.
Dans ce collège de 450 élèves, tout le monde se connaît, c'est une grande famille
Solène, qui a eu ses trois enfants au collège Rutigliano, défend son établissement, le qualifiant de lieu de mixité sociale où enseignants et élèves se soutiennent mutuellement. "C'est un collège paisible, bien que les problèmes existent, ils ne sont pas de cet ordre", déclare-t-elle en se voulant optimiste. "Nous tenons à restaurer la bonne image et réputation de notre collège."
Cette volonté d'espoir est également ressentie chez Audrey. Elle se réjouit que sa fille ait chanté avec la chorale lors de la récente fête de quartier à Port-Boyer. "Nous devons continuer à vivre et à animer nos quartiers", dit-elle. "Cela montre que la vie continue, en dépit de la tragédie."







