L'essentiel
- A l’occasion de la journée de la visibilité lesbienne, le 26 avril, Marie Docher, auteur du livre Pourquoi les lesbiennes sont invisibles, a partagé ses réflexions avec 20 Minutes.
- Elle souligne l'importance des représentations et la nécessité d'une histoire commune.
- Son ouvrage, qui découle d'une conférence sur les photographes lesbiennes au Centre Pompidou en 2024, vise à discuter des enjeux de visibilité.
Le livre de Marie Docher, Pourquoi les lesbiennes sont invisibles, pose un constat saisissant sur l’effacement des femmes lesbiennes de l’histoire. Malgré les avancées légales en 2026, être lesbienne demeure un risque pour de nombreuses carrières. Muriel Robin a récemment fait écho de cette réalité sur le plateau de Quelle Époque !, révélant que cette invisibilité peut engendrer des conséquences tragiques.
En cette journée internationale des visibilités lesbiennes, Docher évoque la nécessité de construire une histoire commune. "C’est multifactoriel", explique-t-elle. "Les femmes sont souvent moins visibles que les hommes, et on tend à effacer leurs récits. Prenons l’exemple de Rosa Bonheur, qui, bien que lesbienne, a été hétérosexualisée par ceux qui ont récupéré son héritage. Elle est enterrée avec ses compagnes, mais son histoire est souvent déformée." (source : 20 Minutes)
Invisibilité sociale et auto-invisibilité
Marie Docher souligne un double mouvement d'invisibilité : les lesbiennes sont régulièrement rendues invisibles par les normes sociétales et elles-mêmes choisissent de ne pas se dévoiler. Cela est particulièrement vrai dans le milieu professionnel où, selon une étude de L’Autre Cercle, bon nombre de lesbiennes préfèrent se taire pour éviter des discriminations ou des violences.
La notion même de "lesbienne" a longtemps été entourée de connotations négatives. Docher raconte qu'elle ne s’est appropriée ce terme qu’à 50 ans, illustrant combien il est encore difficile, surtout dans certaines régions, d'oser l'affirmer. Elle insiste sur le fait que dire que les droits acquis signifient que les défis sont terminés, c'est méconnaître une réalité encore bien plus complexe, avec une prévalence élevée de mal-être et de souffrance chez les personnes LGBT.
Vers une fierté collective
Elle met également l'accent sur la nécessité de fierté. Chaque année, durant les marches des fiertés, la question se pose : pourquoi être fier ? Pour Docher, la réponse est simple : "Les hétéros ne connaissent pas la honte de leur identité. Pour nous, faire un coming out est souvent un moment de douleur, et les marches célèbrent notre résilience collective."
Construire une histoire commune
Pour Marie Docher, construire une histoire commune est essentiel pour légitimer l’existence des lesbiennes. Elle témoigne de son choc en 2012, lors des discussions autour du mariage pour tous, en réalisant qu'elle ne connaissait rien de l'histoire des lesbiennes. "Nous sommes souvent absentes de l'histoire officielle, et sans récit commun, il n y a pas de transmission. Ce manque est criant," dit-elle.
Son livre Et l’amour aussi, paru en 2023, a reçu une résonance particulière. “De nombreuses jeunes femmes m'ont fait part de leur gratitude, découvrant qu'elles n'étaient pas seules dans leur vécu,” commente Docher. Cela montre que la représentation est vitale et ouvre des possibilités d’échange et de dialogue.
Des avancées dans les médias ?
Les médias tels que Netflix et des séries comme Dix pour cent apportent une visibilité longtemps absente, modifiant peu à peu les perceptions. Les personnages lesbiennes ne sont plus systématiquement maltraitées ou stéréotypées, mais il reste encore des progrès à faire.
La photographie au service de la visibilité
Photographe engagée, Marie Docher croit fermement qu'une voix lesbienne derrière l'objectif fait toute la différence. “Lors de mes sessions photos, les femmes se sentent en confiance et commencent à faire des choix sur la manière dont elles veulent être représentées. Cela crée des portraits pleins de fierté et d’identité,” conclut-elle.







