L'association Autre Cercle révèle son baromètre sur l'inclusion des personnes LGBTQIA+ dans le monde professionnel. Réalisé en collaboration avec l'Ifop, le rapport souligne des progrès indéniables mais met aussi en lumière un durecement préoccupant de la situation, comme l'indique Guillaume Savoie, vice-président de l'association.
"Insultée, rabaissée, humiliée"
Le bien-être au travail est un enjeu majeur. Moins d'une personne sur deux parmi les salarié(e)s LGBTQIA+ se considère épanouie dans des environnements non-inclusifs. Ces établissements n'ont pas encore signé de charte d'engagement en faveur de l'inclusion.
Meghan, une jeune femme transgenre, a dix ans d'expérience dans le secteur de la vente. Bien qu'elle se sente "globalement épanouie dans ses relations professionnelles", ses interactions avec la clientèle peuvent être désastreuses. "J'ai déjà été insultée, rabaissée, humiliée," raconte-t-elle, se remémorant un incident où une cliente lui a lancé de la nourriture, lui disant qu'elle ne voulait rien consommé d'un 'travesti'.
Ces comportements LGBTphobes nuisent au sentiment d'épanouissement des individus. Les personnes trans et non-binaires font face à davantage de discriminations que leurs homologues cisgenres.
Plus de visibilité, mais toujours des obstacles
Jessica, une femme bisexuelle travaillant en restauration, évoque des 'petites blagues' et des sous-entendus que ses collègues prennent souvent à la légère. "C'est épuisant, et pourtant, beaucoup semblent les banaliser," affirme-t-elle.
La visibilité s'améliore dans le milieu professionnel, avec sept répondants sur dix se sentant reconnus dans leurs organisations, un bond de 14 points par rapport à 2018. Cela est particulièrement vrai chez les 30-39 ans.
Cependant, pour Jessica, évoquer son orientation sexuelle requiert de bâtir un climat de confiance : "Garder une partie de moi secrète pèse lourd au quotidien. Je ne peux m'empêcher de penser que cela pourrait influencer le regard des autres."
Un frein à l'embauche
64 % des personnes interrogées se disent visibles pour leurs collègues, et 56 % pour leurs supérieurs. Malgré cela, un salarié LGBTQIA+ sur trois rapporte avoir subi de la discrimination de la part de la direction, un chiffre en hausse.
Pour Meghan, les préjugés impactent aussi la recherche d'emploi. "Dès que les recruteurs voient que mon état civil n'est pas modifié, je suis quasiment sûre de ne pas être sélectionnée," déplore-t-elle.
Les risques d'être stigmatisé à l'embauche ne font qu'alimenter les préjugés sur la capacité professionnelle des personnes trans. Dans une expérience personnelle, Meghan a été réduite à des tâches spécifiques souvent humiliantes.
Une régression des droits à travers le monde
Les membres de la communauté LGBTQIA+ expriment leurs craintes quant à la régression des droits observée aux États-Unis. "Il est préoccupant de voir nos droits remis en question dans des pays avancés," souligne Jessica.
Meghan s’inquiète également de la montée potentielle de l’extrême droite : "Tout notre parcours pourrait être remis en question, et on pourrait faire face à des violences encore plus graves."
Elle conclut avec un message fort pour tous : "Que ce soit aux employeurs, aux collègues, ou ailleurs, notre sexualité et notre identité de genre ne devraient pas influencer la qualité de notre travail. Nous ne choisissons pas notre identité. Les discriminations doivent cesser." Un rappel essentiel dans la lutte pour l'inclusion et le respect au travail.







