Le Sénat relance le débat sur la réintroduction des pesticides interdits

Une mesure controversée sur les pesticides relance les tensions politiques et environnementales en France.
Le Sénat relance le débat sur la réintroduction des pesticides interdits
©Jean-Christophe VERHAEGEN, AFP - Le calendrier est tenable, mais le gouvernement a fait part publiquement de ses inquiétudes face aux intentions des sénateurs, susceptibles de tendre une partie de la classe polit

Cette nuit, le Sénat a approuvé l'intégration d'une mesure controversée dans le projet de loi d'urgence agricole, permettant la réintroduction de pesticides proscrits, suscitant une vive réaction au sein du gouvernement. Cette décision est d'autant plus délicate que cela survient un an après la fronde relative à la loi Duplomb.

Les tensions sont palpables : des agriculteurs mécontents depuis plusieurs mois, des partis en désaccord, et des associations écologiques en émoi. Les sénateurs ont revivifié une partie des dispositions de la loi Duplomb, partiellement annulée par le Conseil constitutionnel l’an dernier, au premier jour de l’examen du projet gouvernemental.

Avec 183 voix pour et 129 contre, la Chambre haute a décidé d'autoriser, de manière dérogatoire, l'utilisation de deux insecticides autrefois interdits en France : l'acétamipride et le flupyradifurone, qui restent cependant autorisés dans d'autres pays européens. "Nous sommes les seuls à interdire ces molécules en Europe depuis plus de dix ans. Cela nuit à notre production de fruits, et nous finissons par importer des produits traités avec les mêmes substances !", a plaidé le sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains), dénonçant une "hypocrisie" qui met en difficulté des filières comme celles de la betterave, de la pomme ou encore de la noisette.

Les dérogations visent précisément ces secteurs en crise, ce que certains jugent "proportionné". Cependant, l’opposition de gauche dénonce une "surenchère pro-pesticides", s’inquiétant de la réintroduction de l'acétamipride, un néonicotinoïde reconnu pour sa toxicité sur la biodiversité et potentiellement dangereux pour la santé humaine.

Le sénateur écologiste Daniel Salmon a exprimé son indignation, qualifiant cela de "gigantesque renoncement". Le socialiste Jean-Claude Tissot a également évoqué un "retour en arrière inacceptable".

Cette situation laisse le gouvernement dans une position délicate, conscient que la réintroduction de ces pesticides constitue un enjeu politique majeur qui pourrait faire vaciller le soutien la majorité durant les débats au parlement. "Cela pourrait faire perdre le texte tout entier", s'est alarmée la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard. "Nous ne pourrions pas être pardonnés dans les exploitations agricoles", a-t-elle ajouté.

La prudence semble de mise, selon la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui a rappelé l'importance d'agir de manière responsable face aux incertitudes entourant les effets de ces produits sur la santé et l'environnement.

Ce point sera au cœur des futurs échanges entre députés et sénateurs, qui devront trouver un terrain d'entente lors d'une commission mixte paritaire (CMP) prévue mi-juillet.

Mais cette question des insecticides n'est pas le seul sujet de discorde. Le Sénat, avec une majorité à droite, propose également d'assouplir certaines régulations liées à la gestion de l'eau et aux actions de protection contre le loup.

En réaction, Monique Barbut a exprimé ses préoccupations, notant certains "reculs" dans le texte. En revanche, Annie Genevard a opté pour un discours conciliant, niant tout recul environnemental, bien que cela contredise les propos de sa collègue.

Avec les récentes vagues de chaleur, un paquet de mesures sur l'eau s'annonce particulièrement délicat. Ce dernier vise à alléger les exigences environnementales en matière de construction de retenues d'eau, tandis que le Sénat suggère de renforcer ces dispositions.

Un autre aspect controversé est l'assouplissement des règles concernant les tirs de défense contre le loup, permettant aux éleveurs d'agir sans autorisation préalable lors d'attaques sur leurs troupeaux.

En tout, plus de 800 amendements restent à examiner, laissant présager des séances de débats intenses en perspective.

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