L’ex-Premier ministre espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, se retrouve au cœur d’une procédure judiciaire sans précédent. Mercredi, il est auditionné par le juge chargé de l’accuser de trafic d'influence et de blanchiment d'argent, une première pour un ancien chef de gouvernement dans le pays.
Arrivant à l'Audience nationale de Madrid vers 06H50 GMT, Zapatero, figure emblématique de la gauche espagnole, a été accueilli par des journalistes, affichant un léger sourire en saluant la presse.
Le juge José Luis Calama l'a convoqué mercredi et jeudi pour répondre à des accusations de diriger « une structure organisée » visant à percevoir des pots-de-vin, accusations qu'il dément formellement.
- Bijoux suspects -
Cet événement dramatique représente un nouveau défi pour le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez, déjà affaibli par de nombreuses affaires judiciaires impliquant des membres de son entourage. Pendant les débats au Parlement, Sánchez a choisi de ne pas aborder directement l’affaire de son prédécesseur, mais a défendu son propre bilan, affirmant que l'Espagne évoluait vers un avenir meilleur.
Alberto Núñez Feijóo, leader du Parti populaire de droite, a rétorqué en qualifiant Sánchez de « chef du gouvernement avec le plus de soupçons de corruption » de l'histoire récente.
L'enquête sur Zapatero fait partie d'un dossier plus large, l'affaire dite « Plus Ultra », quiscrutine si l'ancien Premier ministre a bénéficié de pots-de-vin en échange d'un soutien financier à une compagnie aérienne durant la pandémie de Covid-19. Des perquisitions ont révélé des bijoux et montres d'une valeur estimée à 1,3 million d'euros, laissés sans explication sur leur provenance. Ses défenseurs avancent qu'il s'agit d'héritages familiaux, mais la justice remet cela en question.
- Pression maximale -
Cette affaire a exacerbé la pression sur le gouvernement, d’autant plus que plusieurs proches de Sánchez, y compris sa femme, sont également impliqués dans des enquêtes judiciaires. Les récentes révélations pourraient indiquer l’existence d’un réseau au sein du PSOE, chargé d’entraver les investigations visant les collègues de Sánchez. Ce dernier a fermement nié avoir connu l'existence de ce type de cellule.
L'exécutif se trouve dans une situation délicate, confronté à une baisse de popularité et à l'absence d'une majorité parlementaire. Selon Astrid Barrio, professeure de sciences politiques à l'université de Valence, deux scénarios pourraient compromettre la position de Sánchez : une inculpation personnelle ou des preuves solides d'un financement illégal au sein du PSOE.
Dans ce climat incertain, la compagne du Premier ministre, Begoña Gómez, attend un verdict imminent dans une autre affaire de corruption où elle est impliquée, et un jugement doit également se prononcer sur son ancien ministre des Transports, José Luis Ábalos.







