La Cour suprême de New York a confirmé la restitution d'L'homme assis appuyé sur une canne (1918) de Modigliani, dont le propriétaire initial, Oscar Stettiner, antiquaire juif britannique, a vu son œuvre confisquée pendant la guerre. Aujourd'hui, l'héritier, agriculteur en Dordogne, reçoit enfin justice.
Ce tableau, évalué à plus de 20 millions d'euros, a été conservé dans des ports francs de Genève jusqu'à récemment, dévoilant une histoire de spoliation étalée sur des décennies. Étonnamment, il était remisé là après les révélations des Panama Papers en 2016, relançant ainsi son intérêt.
La décision du tribunal après 17 ans de procédures juridiques met en lumière la lutte sans relâche pour la restitution d'œuvres spoliées, un sujet toujours délicat. Emmanuelle Polack, historienne de l'art et auteure de l'ouvrage Le marché de l’art sous l’Occupation, a été interviewée sur l'importance de cette affaire.
Un tableau sous surveillance
L'homme assis est resté méconnu jusqu'à sa vente chez Christie’s à Londres en 1996. À cette époque, la recherche de provenance était presque inexistante, un fait qui a facilité sa vente tout en occultant ses origines troubles.
Le tableau a connu un parcours alambiqué, vendu sous contrainte par un administrateur chargé de l'aryanisation des biens juifs de Stettiner. En 1996, il est acquis par le collectionneur libanais David Nahmad, qui, sans doute, n'avait pas conscience de l'histoire tragique de cette œuvre.
La responsabilité du marché de l'art
Les experts soulèvent également la question de la responsabilité des maisons de vente comme Christie’s, qui devraient être vigilantes sur leurs acquisitions. Néanmoins, le contexte historique de l'époque a rendu cette vigilance rare, selon Polack.
Vers une meilleure traçabilité
Les maisons de vente aux enchères sont désormais encouragées à instaurer des systèmes de recherche de provenance, avec l'aide d'étudiants formés dans des institutions comme l'École du Louvre. Cela vise à éviter des affaires similaires à l'avenir.
Actuellement, les estimations révèlent que 100 000 objets culturels ont été spoliés en France durant la guerre, un chiffre qui continue d'alimenter les débats. Les efforts de restitution reflètent un problème plus vaste de reconnaissance des injustices passées.
Il est fondamental que le secteur de l'art prenne en compte cette histoire tout en s'efforçant d'éviter que de telles tragédies ne se reproduisent. Les musées sont maintenant tenus d'identifier et de rendre aux héritiers ces œuvres d'art spoliées.







