Accusé d'avoir dérobé près d'un million d'euros à une octogénaire au Béarn et au Pays basque, puis de l'avoir retenue contre son gré au Maroc, Matthieu Tabaud se défend lors de son procès à Pau. Bien que contestant les accusations graves de séquestration, de blanchiment d'argent et d'abus de faiblesse, il admet une "mauvaise gestion" des biens de la victime.
Avec une apparence calme, arborant une petite barbe et une veste de survêtement sombre, Tabaud témoigne de sa relation avec Jeannette, déclarant : "J'étais le fils qu'elle n'avait pas eu". Toutefois, ses justifications ne lui épargnent pas une lourde menace de 20 ans de réclusion criminelle. En 2019, alors que Jeanne Narbout avait 88 ans, l'accusé aurait utilisé divers stratagèmes financiers pour siphonner son patrimoine, qu'il aurait finalement transféré à une maison de retraite au Maroc.
Un contrôle insidieux sur la vie de Jeanne
À Boeil-Bezing, où Jeanne s'était installée après la vente de sa maison, Tabaud insiste pour lui vendre des bouteilles de vin inutiles, exerçant ainsi son influence. Puis, prétextant un logement inadapté, il la déplace vers d'autres résidences, lui permettant de manipuler ses finances. "Je pensais que ça l'aiderait", admet-il en faisant allusion à la bonne relation qu'il entretenait avec la victime. Cependant, au fil du temps, la réalité s'illustre à travers des virements conséquents, culminant à 1.300 euros par mois, correspondant précisément à sa retraite.
Sa gestion financière s'est révélée ne laisser que des miettes, offrant un lotissement à Anglet avec des fonds extorqués de Jeanne. "Elle me disait que je pouvais faire ce que je voulais avec son argent, car elle n’en profiterait plus à son âge", explique encore Tabaud, tentant de se défendre en minimisant la nature de ses actes.
Le regard d'experts et de témoins
Malgré ces justifications, les experts s'interrogent sur la légitimité de ses actions. “Il est choquant de voir comment une personne peut perdre tout son patrimoine sous l'emprise d'un individu opportuniste”, estime un sociologue interrogé sur l'affaire. Les témoignages de proches, dont l'ex-épouse de Tabaud, ajoutent à la complexité de la situation. “C'est un homme très manipulateur, capable de séduire même les plus méfiants,” déclare-t-elle à la barre. Ce flou éthique soulève des questions sur les mécanismes de contrôle et d'abus au sein des relations intergénérationnelles.
Un notaire au banc des accusés ?
Le notaire impliqué, Jean-Charles Cros, explique depuis le banc des témoins avoir été inconsciemment utilisé par Tabaud pour établir des procurations qui lui ont permis d'accéder aux fonds de Jeanne. Cerné par des questions incisives de la présidente, il admet avoir été dupé, mettant en lumière les failles de son jugement. "Le rôle du notaire est crucial dans ces situations, et sa vigilance peut prévenir beaucoup d'abus", observe un avocat présent lors des débats.
Le procès se déroule dans un climat délicat, les tensions montant tandis que l'affaire se poursuit. Avec un verdict attendu bientôt, ce drame témoigne à la fois des vulnérabilités des personnes âgées et des dangers parfois insoupçonnés des relations humaines.







