Des survivants d'abus sexuels commencent à appeler la ligne d'écoute de l'association Napac en déclarant: "ChatGPT m’a conseillé de vous contacter". L'outil d'OpenAI est fréquemment utilisé pour aider les individus à parler de leurs traumatismes, révélant ainsi une tendance inquiétante.
Des experts estiment que l'augmentation des signalements d'abus sexuels sur mineurs serait catalysée par ce chatbot. Il semblerait qu'il facilite la libération de la parole des victimes, en particulier celles touchées par des abus sexuels ritualisés inspirés du satanisme, comme le rapporte The Guardian.
Cette problématique, reconnue au Royaume-Uni sous l’acronyme WSPRA (witchcraft, spirit possession and ritual abuse), englobe diverses formes d'exploitation s'accompagnant de violences sexuelles et de manipulations psychologiques. Les rituels destinés à instaurer une terreur parmi les victimes empruntent à différentes mythologies, voire à des abus de traditions religieuses.
Une forme de soutien
Depuis 1982, la justice britannique a reconnu des éléments rituels dans plusieurs affaires pénales liées aux abus. Un exemple récent est survenu en Écosse, où des membres d’un réseau pédocriminel se présentant comme sorciers ont été condamnés.
Malgré ces avancées, la police estime que ces crimes restent largement sous-déclarés. Elly Hanson, psychologue clinicienne, indique qu'"il y a encore beaucoup à faire" pour réellement comprendre l'ampleur du phénomène.
Gabrielle Shaw, directrice générale de Napac, a observé une augmentation constante des appels mentionnant les abus rituels au cours des dix-huit derniers mois, qu'elle attribue partiellement à utiliser ChatGPT.
"Depuis six mois à un an, beaucoup de personnes nous disent: 'J’ai été orienté vers vous par ChatGPT.' Les gens utilisent l’IA comme un soutien"
Les organisations dirigent alors ces victimes vers les autorités, contribuant à l'augmentation des dépôts de plaintes.
Un phénomène sous-signalé
Traditionnellement, la hotline de Napac reçoit davantage d'appels pendant des périodes associées à des événements religieux ou mystiques. Cependant, la hausse actuelle ne semble pas ponctuelle.
En neuf ans, Napac a reçu 36 700 appels, dont 1 310 liés à des abus ritualisés. Ces abus peuvent impliquer des membres de la famille ou des réseaux d'exploitations organisées, certains témoignages évoquant des violences transmis de génération en génération.
Richard Fewkes, directeur du programme Hydrant, souligne que la dimension rituelle des affaires complique souvent leur reconnaissance par les autorités.
"Les éléments fantastiques décrits compliquent la réponse judiciaire," déplore-t-il. "Ce phénomène persiste, mais reste sous-signalé."
Se tourner vers des humains
Le débat autour de ces abus est souvent polarisé. Elly Hanson observe que la réalité est souvent noyée entre scepticisme et récits complotistes qui affaiblissent l'analyse.
Les autorités prennent conscience de la nécessité de former correctement les professionnels, ce qui a conduit à la création de groupes de travail dédiés.
Pour les associations, la priorité demeure d’accompagner concrètement les victimes. Bien que l'IA puisse aider initialement, la reconstruction passe nécessairement par des structures humaines formées pour accueillir ces récits longtemps étouffés.
Néanmoins, il est important de rester vigilant, car ChatGPT n'est pas toujours la solution. L'IA a parfois été accusée d'orienter les utilisateurs vers des réponses inappropriées ou dangereuses.







