Le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, a exprimé mardi son profond désaccord avec la récente décision américaine de prolonger l'exemption de sanctions sur le pétrole russe. Selon lui, cette décision pourrait permettre à la Russie de tirer profit des tensions géopolitiques, notamment en lien avec la situation en Iran.
Lors d'une conférence de presse à l'ouverture du G7 Finances à Paris, Dombrovskis a révélé avoir été informé par Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, de cette prolongation qui est valide jusqu'au 17 juin. Celle-ci a été instaurée pour alléger la pression sur les marchés des hydrocarbures en réponse aux perturbations dans le détroit d'Ormuz, un axe stratégique pour le transport de la majorité des exportations pétrolières dans le monde.
Les sanctions, mises en œuvre après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, visaient à restreindre les revenus provenant des hydrocarbures russes. Dombrovskis a déclaré : "Du point de vue européen, il est clair que ce n'est pas le moment d'alléger la pression sur la Russie. C'est l'inverse qu'il faut envisager : renforcer les sanctions pour contrer les bénéfices que Moscou tire de la crise".
Il a également souligné que cette mesure, initialement prévue pour être temporaire, fait déjà l'objet d'une deuxième prolongation. Les données du Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (CREA) montrent qu'en avril, les recettes d'exportations d'hydrocarbures russes ont augmenté de 4 % par rapport à mars, atteignant leur plus haut niveau depuis deux ans et demi.
La hausse des cours soutient une économie russe en souffrance
De son côté, Bessent a justifié cette exemption en affirmant qu'elle vise à "permettre aux pays les plus vulnérables d'importer du pétrole". Il a précisé que l'objectif est de stabiliser le marché physique du brut. Cependant, Dombrovskis reste sceptique : "Cette justification à court terme ne devrait pas occulter l'impact à long terme sur la capacité de la Russie à financer son effort de guerre".
Malgré la hausse des prix, l'économie russe est confrontée à des défis structurels, y compris une inflation galopante et des lacunes sur le marché du travail. Des signes de ralentissement économique se manifestent déjà avec un recul de 0,2 % du PIB au premier trimestre 2023, selon des chiffres officiels. La pression continue des sanctions, combinée avec les tensions militaires en Ukraine, pèse sur les capacités de Moscou à exporter efficacement son pétrole.
Les développements récents soulignent la complexité d'une situation géopolitique en constante évolution. Les décisions prises au sein des instances internationales auront des répercussions non seulement sur les marchés de l'énergie, mais également sur l'équilibre des pouvoirs géopolitiques dans la région.







