Le 31 mars a été révélée une enquête préoccupante menée par une équipe interdisciplinaire de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) ainsi que de l’Institut national d’études démographiques (Ined). Cette étude, baptisée Santé-Course, dresse un état des lieux inédit des conditions de vie et de santé des livreurs de plateformes comme Uber Eats et Deliveroo, à Paris et Bordeaux. Les résultats sont frappants : une dégradation considérable de la santé des travailleurs, directement liée à leurs conditions de travail jugées inacceptables.
En réponse à ces révélations, des organisations telles que Médecins du Monde et des collectifs comme la Maison des Livreurs de Bordeaux et la Maison des Coursiers de Paris demandent une action immédiate des pouvoirs publics pour atténuer l'ubérisation et ses impacts sur ces travailleurs essentiels.
Un profil de travailleurs particulièrement vulnérables
L’enquête a recueilli les témoignages de 1 004 livreurs, et les résultats montrent une population caractérisée par une précarité alarmante. En effet, 98,8 % des participants sont des hommes, dont plus de 80 % ont moins de 35 ans. La majorité (98,7 %) est née à l'étranger, et près des deux tiers (64,4 %) ne possèdent pas de titre de séjour. Cette situation accentue la précarité alimentaire, avec 42,5 % des répondants affirmant avoir passé au moins une journée sans manger au cours de l'année précédente, en raison de ressources financières insuffisantes.
Des revenus très faibles malgré un travail acharné
Le système de fonctionnement des livreurs illustre également cette précarité. Environ 73,5 % d’entre eux louent un compte à un tiers moyennant 528 euros par mois. Notamment, 91,2 % des livreurs sans titre de séjour indiquent qu'ils quitteraient leur emploi à temps plein si leur situation était régularisée.
Malgré un volume de travail considérable, avec une moyenne de 413 livraisons par mois et des kilomètres parcourus approchant les 833 chaque mois, leurs revenus restent dérisoires. Le chiffre d'affaires moyen est de 1 480 euros brut par mois, équivalent à 5,83 euros de l'heure ou 4,55 euros par course. Par ailleurs, la majorité des livreurs travaillent entre 11 et 12 mois par an, dont 81 % s'investissent six à sept jours par semaine, avec une moyenne de 63 heures de travail hebdomadaires.
Un accès limité aux soins de santé
Les enjeux sanitaires sont tout aussi inquiétants. Près d'un tiers des livreurs ne bénéficie d'aucune couverture santé, et un autre tiers a renoncé à des soins au cours de l'année dernière. Le taux de couverture par une mutuelle s'avère particulièrement faible, ne dépassant pas 23,6 %, souvent constitué uniquement de complémentaires santé solidaires.
Cette étude jette une lumière crue sur une réalité sociale troublante, où précarité économique, conditions de travail pénibles et accès restreint aux soins s'entremêlent, soulignant le besoin urgent d'une réaction politique.







