Magali, résidente de Vineuil, s'interroge sur un « verre en terre » reçu il y a plus de trois décennies de la part de paysans tunisiens, rappelant qu'elle avait découvert à proximité « des vestiges gallo-romains ». Le commissaire-priseur Aymeric Rouillac lui explique le contexte historique de ce vase.
La coupe de Magali est effectivement en terre cuite. Sa patine brun ocre indique un long enfouissement. Avec sa forme évasée reposant sur un pied circulaire orné de cinq anneaux, il s'agit d'un calice. Ce matériau, riche en décor incisé, présente des motifs végétaux qui évoquent les productions de la période romano-africaine, entre le Ier et le IVe siècle de notre ère.
Il est important de préciser, Magali, que ce calice provient du monde « romano-africain » et non du monde « gallo-romain », qui fait référence seulement à notre territoire national. Les Romains ont conquis tout le pourtour de la Méditerranée, qu'ils dénomment Mare Nostrum. La conquête de Carthage, en Tunisie actuelle, fut particulièrement ardue, car le général carthaginois Hannibal a réussi, en 218 av. J.-C., à faire traverser les Alpes à ses éléphants pour menacer Rome. Les motifs incisés de ce calice sont d'ailleurs communs aux ateliers de Carthage.
Un vase sacré des premiers chrétiens
Les motifs présents ne sont pas guerriers, mais représentent des symboles de passage et de vie éternelle. Les feuilles de palmier évoquent le concept de la Trinité chrétienne : un seul dieu symbolisé par une plante mais existant en trois personnes. Cette iconographie sera également reprise par Saint Patrick durant son évangélisation de l'Irlande, utilisant le trèfle à trois feuilles. À l'époque romaine, c'est Saint Augustin d'Hippone qui joue un rôle clé en Afrique du Nord, ayant inspiré la devise du pape actuel, Léon XIV : « En Celui qui est Un, nous sommes Un. »
Ce calice pourrait donc avoir été un vase liturgique, utilisé lors des célébrations de la messe, où le pain et le vin sont partagés en mémoire du dernier repas de Jésus avec ses disciples. Il pourrait également avoir eu une utilisation funéraire, servant d'offrande pour accompagner un défunt.
Cependant, la qualité de la terre cuite, son épaisseur et le style du décor incité suggèrent plutôt une production artisanale moderne venue de Tunisie. Il serait donc raisonnable de considérer que sa valeur serait symbolique, probablement autour de d'une dizaine d'euros, à moins d'une découverte fortuite. Néanmoins, au-delà de tout aspect monétaire, cet objet possède une forte charge symbolique. En effet, c'est une belle façon de célébrer Pâques, symbole de résurrection et de triomphe de la vie !







