La micronutrition, une pratique de plus en plus en vogue, se concentre sur les micronutriments essentiels à l'organisme. Deux spécialistes nous expliquent pourquoi il est crucial d'adopter cette approche personnalisée, surtout face aux carences nutritionnelles courantes dans notre alimentation moderne.
La nutrition étudie comment notre corps assimile et utilise différents nutriments (protéines, lipides, glucides) pour maintenir une bonne santé. La micronutrition, quant à elle, se concentre sur les micronutriments (vitamines, minéraux, oligo-éléments, antioxydants), qui, bien qu'ils ne fournissent pas d'énergie, sont indispensables au bon fonctionnement de notre organisme.
"Il existe des directives alimentaires générales pour la population. Cependant, celles-ci ne prennent pas en compte les besoins individuels, tels que les intolérances ou l'état du microbiote, qui varient d'une personne à l'autre," souligne le Dr Didier Chos, micronutritionniste. "La micronutrition est une médecine de précision qui répond aux besoins de chacun."
Des carences en nutriments fréquentes
Si notre société ne souffre plus de carences nutritionnelles sévères (comme le scorbut ou le rachitisme), des déficits mineurs sont pourtant très répandus. Cette situation est souvent due à une alimentation trop transformée, riche en sucres et en graisses, mais pauvre en micronutriments. De plus, des méthodes culturales intensives (serres chauffées, utilisation de pesticides) donnent des fruits et légumes moins nutritifs.
Les viandes, les produits laitiers et les œufs issus d'élevages intensifs, où les animaux se nourrissent de céréales OGM, sont souvent moins riches en bonnes graisses (comme les oméga 3) comparés à ceux provenant d’animaux élevés à l'herbe. Le stress, qui consomme également de nombreux micronutriments comme le magnésium, joue un rôle significatif. Ainsi, les études révèlent que la majorité de la population présente des carences en magnésium, oméga 3, vitamine D et antioxydants.
Qu'est-ce qu'un bilan de micronutrition ?
Le bilan de micronutrition repose sur un questionnaire détaillé ainsi que sur des analyses biologiques. "Le questionnaire permet d'examiner les antécédents médicaux, les habitudes alimentaires, l'activité physique, le sommeil, le stress et l'état de santé global," explique Valérie Espinasse, micronutritionniste.
Suite à cette évaluation, le professionnel peut recommander des analyses sanguines pour vérifier les carences en micronutriments. "On peut déterminer les niveaux de fer, de vitamine D, de magnésium et d'iode, ainsi que rechercher des indicateurs d'inflammation, de perméabilité intestinale ou de stress oxydatif," ajoute le Dr Chos. "Cette analyse permet d'intervenir précocement, avant l'apparition de maladies."
Conseils du micronutritionniste
À la suite du bilan, le micronutritionniste fournit d'abord des conseils sur l'alimentation et le mode de vie. Par la suite, il peut recommander des compléments alimentaires en cas de déficits identifiés, tels que de la cannelle et du chrome en cas d'insulinorésistance, ou des oméga 3 et des polyphénols pour lutter contre l'inflammation. D'autres options comme les probiotiques ou la glutamine peuvent également être envisagées en cas de perméabilité intestinale.
"Nous hiérarchisons la prise en charge, comme par exemple traiter d’abord la perméabilité intestinale, puis donner les compléments nécessaires, un ou deux à la fois, en suivant le patient après un mois," précise le Dr Chos. La micronutrition est bénéfique à la fois pour la prévention et pour soulager des maux variés tels que l'insomnie, les migraines, les troubles digestifs, ou encore les douleurs articulaires et les symptômes de la ménopause. "Elle peut être particulièrement utile pour des affections complexes comme la fatigue chronique, la fibromyalgie et l'intestin irritable," conclut-il.
Qui consulter ?
Des recherches récentes confirment l'importance du microbiote et des facteurs environnementaux sur notre santé. La micronutrition dispose maintenant de formations dans plusieurs écoles et universités. Il est donc conseillé de consulter un professionnel de santé (médecin, pharmacien, diététicien, etc.) ayant complété une formation de micronutrition, notamment à travers un DU ou à l’Institut européen de diététique et micronutrition. "Soyez prudent avec les personnes se faisant appeler ‘micronutritionniste’ ou ‘nutrithérapeute’ après seulement quelques heures de formation," avertit Valérie Espinasse.
Concernant le remboursement : "Actuellement, la médecine cible principalement les personnes malades et peu d’efforts sont consacrés à la prévention," déplore le Dr Chos. Une consultation de micronutrition devrait durer 45 minutes à une heure et coûter entre 70 et 80 euros en moyenne. Si elle est réalisée par un médecin nutritionniste, une prise en charge partielle par l’Assurance maladie (26,50 euros) est possible, mais ce n'est pas le cas pour d’autres professionnels. Certaines mutuelles peuvent cependant rembourser partiellement les consultations avec des diététiciens.
Nos experts :
Dr Didier Chos, médecin micronutritionniste, président de l’Institut européen de diététique et micronutrition
Valérie Espinasse, docteure en pharmacie et micronutritionniste







