En France, 15 % des parieurs souffrent de jeux excessifs, un chiffre alarmant dans un contexte où les paris sportifs sont en forte hausse. Avec l'arrivée de la Coupe du monde de football, qui débute ce jeudi en Amérique du Nord, les risques d'addiction se multiplient, en particulier chez les jeunes. Les opérateurs de paris comme Winamax et Unibet ciblent cette tranche d'âge avec une stratégie marketing agressive.
Selon des experts et des associations, cette compétition mondiale représente une période à hauts risques. Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l'Autorité nationale des jeux (ANJ), rappelle que les dépenses publicitaires des opérateurs devraient atteindre 785 millions d'euros cette année, dont la moitié sur des plateformes digitales. Ce montant représente une hausse de 25 % par rapport aux années précédentes.
Pour elle, le Mondial est synonyme de promotion accrue des paris. Elle souligne la nécessité d'une régulation plus stricte, s'inspirant du modèle britannique qui vise à interdire la publicité pour les paris sportifs pendant un créneau de dix minutes autour d'un match. Myriam Savy de l'association Addictions France ajoute que cette mesure est insuffisante. Elle préconise de repousser cette interdiction à une heure avant et après les matchs, tout en suggérant d'interdire le sponsoring par les opérateurs, qui contribue à banaliser cette pratique.
Des mises multipliées par trois en cinq ans
Pas moins de 80 % des jeunes de 15 à 17 ans affirment être exposés à la publicité pour les paris sportifs, que ce soit sur les réseaux sociaux ou via les médias traditionnels. Les diffuseurs comme M6 et beIN Sports ont promis de ne pas faire de publicité pendant les pauses des matchs, mais cela ne suffira pas à éradiquer le problème, souligne Savy. En effet, 60 % des revenus des opérateurs proviennent de joueurs considérés comme excessifs, une situation insoutenable.
L'opérateur Unibet, représenté par la Française des Jeux (FDJ), affirme investir 10 % de son budget publicitaire dans des campagnes de prévention des addictions. En revanche, Winamax préfère rester silencieux sur cette question. Le sociologue Thomas Amadieu critique l'industrie des jeux, qui, selon lui, se propose comme solution tout en retardant une réglementation plus protectrice.
Les inquiétudes s'intensifient également face à l'absence d'une campagne de prévention de Santé publique France avant le Mondial. Cette initiative a été mise de côté en raison de complications bureaucratiques, laissant de nombreux acteurs du domaine de la santé alarmés. De plus, la nomination de Pascal Chèvremont, ancien lobbyiste de l'alcool, à la tête de l'ANJ, pose question dans un contexte où la prévention des addictions est primordiale.







