"J’entends un oiseau!", s’exclame Margot, 6 ans, en faisant une pause avec ses camarades pour écouter le chant des oiseaux. Cela se passe dans une classe unique de maternelle-CP à Séderon, dans la Drôme provençale, où l'enseignement à l'extérieur devient une réalité, une initiative que des parlementaires souhaitent officialiser dans la loi.
Chaque vendredi, treize enfants se dirigent vers une colline surplombant le village, prêts pour un cours en plein air. Leur chemin d'accès devient une aventure éducative où ils imitent des bourgeons en se recroquevillant ou froissent des feuilles pour symboliser la fin de l'hiver.
"Regardez ces arbres, ils deviennent de petits portemanteaux!", leur suggère le professeur en atteignant la lisière d'une forêt bordée de champs de lavande, tandis que certains enfants remplissent leurs gourdes pour "abreuver les arbres".
Lorsque le moment de se rassembler arrive, les enfants s’asseyent tous en silence avant de partir à la recherche d'images d'oiseaux accrochées dans les branches, identifiant les espèces grâce à des fiches distribuées par la maîtresse.
- "Apprendre différemment" -
Flore Aumage, 45 ans, a commencé cette aventure il y a cinq ans. Souhaitant sortir d'un cadre trop scolaire, elle a voulu "lâcher prise" et proposer à ses élèves une méthode d'apprentissage innovante, éloignée des outils traditionnels. "J’ai voulu me mettre en danger", explique-t-elle.
D'après Benjamin Gentils, directeur de la Fabrique des communs pédagogiques, environ 4.500 classes, surtout au primaire, expérimentent cette approche, dont 80 % ont vu le jour après la pandémie de Covid-19. "Cette méthode est encouragée par le ministère de l’Éducation, mais il n’existe pas d’évaluation exhaustive pour l’instant", a-t-il précisé.
La classe dehors se pratique dans divers environnements, tant en milieu rural qu'urbain, couvrant toutes les matières. Le ministère note que, concernant les enfants français, ceux-ci passent dix fois moins de temps dehors qu'il y a trente ans et que près de 40% des 3 à 10 ans ne jouent jamais en extérieur en semaine, révélait un collectif d’élus dans une tribune du Monde en mai 2025.
- Pas une "lubie" -
Pour combler ce qu'ils considèrent comme un "retard significatif" par rapport à d'autres pays européens comme le Royaume-Uni ou l'Allemagne, un groupe de parlementaires a proposé en juin 2025 une loi pour légaliser cette pratique dans le code de l’éducation. "Nous voulons qu'elle soit reconnue comme une approche éducative sérieuse", insiste Graziella Melchior, députée du Finistère, co-auteur de cette initiative.
Elle souligne l'importance de reconnecter les enfants à la nature et d'introduire des modules de formation pour les enseignants. La proposition de loi vise à inscrire l'accès régulier à la nature comme un objectif éducatif fondamental.
À l'école de Séderon, les enfants sont impatients chaque semaine d'aller en extérieur. "Il y a de l'air qui souffle ici, contrairement à l'école", remarque Nolwen, 6 ans. "On peut planter des choses, sauver des insectes et construire une cabane", ajoute Louis, joyeux.
Début février, la proposition a été adoptée en commission, et ses partisans espèrent qu’elle sera bientôt à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.







