Les livreurs de repas : une exploitation à ciel ouvert

Immergés dans l'urgence, les livreurs peinent sous la pression et l'exploitation.
Les livreurs de repas : une exploitation à ciel ouvert
Julien Rousset, reporter à « Sud Ouest » et éditorialiste. © Crédit photo : Thierry David / SO

Au départ, il y a quinze ans, ce métier attirait principalement les étudiants. Aujourd'hui, environ 70 000 personnes, souvent issue des milieux les plus précaires, composent cette main-d'œuvre. Principalement des migrants, dont beaucoup sont sans papiers, qui, chaque jour, affrontent des conditions de travail particulièrement éprouvantes. Les cadences sont inhumaines, les horaires interminables et les périodes d’attente rarement rémunérées.

Les livreurs parcourent des kilomètres sous n'importe quelles conditions météorologiques. La pression pour livrer toujours plus vite est insupportable ; clients impatients et algorithmes glaçants en sont les témoins.

Quel salaire pour un tel engagement ? Selon Médecins du Monde, ces travailleurs passent en moyenne 63 heures par semaine pour un revenu brut de 1 480 euros, soit un peu plus de 6 euros de l'heure.

"Le consommateur a aussi une part de responsabilité. Que faire ? Certains choisissent de boycotter."

Qualifiée de “traite d’êtres humains” par quatre associations d’aide aux livreurs, la situation a poussé ces organisations à porter plainte contre Deliveroo et Uber. Ces importantes enseignes ont qualifié les accusations d'infamantes, mais cette action collective vise à protéger des travailleurs souvent isolés et vulnérables, éloignés des protections syndicales. Le Monde souligne l’importance de cette initiative qui éclaire l'illusion d'une économie entièrement numérique où on peut répondre à toutes ses envies sans effort.

La justice prendra bientôt une décision. Pendant ce temps, la responsabilité du consommateur est appelée à être interrogée. Que faire ? Alors que certains choisissent de boycotter, d’autres justifient leur comportement en arguant que sans cette rémunération, les livreurs seraient encore plus démunis. D’autres optent pour un compromis : commander avec modération et, le cas échéant, laisser un pourboire en liquide.

Chacun fait ses choix, balançant entre convictions personnelles et confort. Mais plus personne ne peut prétendre ignorer les rouages inavouables de cette économie. Certains adeptes de la livraison à domicile soutiennent que les livreurs sont libres d’accepter ou non ce travail. Toutefois, cette « liberté » est relative quand il s’agit de survivre.

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