Le juge d'instruction responsable de l'affaire Robert Boulin à Versailles a cédé le flambeau au pôle cold case du tribunal de Nanterre. C’est ce que rapportent des sources de l'Agence France-Presse ce vendredi. Cette réorientation des investigations vise à rouvrir le dossier sur la mort tragique de l'ancien maire de Libourne et ex-ministre du Travail, survenue en 1979.
Les autorités judiciaires de Nanterre se pencheront donc sur ce cas emblématique, à une époque où les éléments de preuve deviennent plus délicats à préserver. Dans un communiqué, le parquet de Nanterre a précisé : “La procédure et les scellés sont en cours d'acheminement”, signifiant que les affaires administratives sont désormais en mouvement. À ce jour, aucun juge d’instruction n’a encore été désigné pour poursuivre l’enquête.
Le corps de Robert Boulin, figure respectée du gaullisme et potentiellement candidat à la fonction de Premier ministre, a été retrouvé dans un étang de Rambouillet, près de Paris, le 30 octobre 1979, à l’âge de 59 ans. Si la version officielle évoquait un suicide, sa famille et plusieurs experts dénoncent une thèse d’assassinat politique, dans un contexte troublé marqué par la mort de trois ministres sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing.
Un vrai espoir
Me Didier Seban, avocat de la famille Boulin, a exprimé à l’AFP sa satisfaction quant à cette réouverture d’enquête : “C'était une nouvelle très attendue, une vraie satisfaction et un vrai espoir pour ce dossier qui a marqué l'histoire de la Ve République”. Il souligne également l’urgence d’agir, car les témoins potentiels pourraient disparaître avec le temps.
En 2015, le parquet de Versailles avait ouvert une information judiciaire pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivi de mort ou assassinat » suite à une plainte déposée par Fabienne Boulin-Burgeat, la fille de Robert Boulin. Cette plainte a marqué un tournant, car pour la première fois, la justice a envisagé l'hypothèse d'un meurtre.
Un nouveau témoignage en août 2024 a saisie l’attention des enquêteurs. Un individu affirmait avoir été témoin d'une discussion qui accréditait la thèse de l’assassinat, ce qui a relancé l’intérêt pour ce dossier mystérieux qui continue de hanter le paysage politique français.
Lors d'une conférence de presse tenue en avril 2026, Fabienne Boulin-Burgeat avait dénoncé les lacunes de l’enquête initiale, qualifiant cette affaire de « catastrophe judiciaire », virant au « vrai polar ». Dans ce contexte, elle a appelé à une nouvelle autopsie des restes de son père, arguant que l’analyse de micro-algues pourrait contredire l’hypothèse de la noyade.







