Le meurtre de cette fillette de 11 ans a pris une tournure qui pourrait faire basculer la politique publique en France. Ses obsèques sont programmées pour ce vendredi à Fleurance, là où elle était scolarisée.
Ce moment de recueillement est attendu comme un événement national. Les funérailles de Lyhanna, retrouvée morte le 4 juin dans le Gers, se dérouleront le 12 juin, avec une cérémonie initialement ouverte au public, suivie d'une inhumation réservée à la famille, conformément à la demande de ses parents, a déclaré l'avocat François Roujou de Boubée. Plus d'une centaine de journalistes couvriront l'événement, reflet de l'émoi national provoqué par ce drame.
Le nom de cette jeune fille est désormais inextricablement lié à un incident tragique réclamant une réponse institutionnelle face à une réalité sociétale douloureuse. La colère des citoyens a rapidement éclipsé l'émotion, alors que les détails de l'enquête révélait que Jérôme Barella, le suspect principal, avait échappé à des interpellations malgré plusieurs plaintes pour des violences sexuelles sur mineurs.
Un déclencheur après de nombreuses affaires
De nombreux scandales avaient précédemment secoué les fondations de la société française. Un babysitter de 37 ans a récemment été mis en examen pour agressions sexuelles et viols, malgré des antécédents judiciaires. Dans un autre cas tragique, un homme a été accusé d'abus sur 34 jeunes garçons, attirant la sévérité de la justice et du public. Le Monde a dénoncé des manquements judiciaires inacceptables autour de ces affaires.
La Ciivise a documenté dans un rapport de 2022 que 160 000 enfants subissent des violences sexuelles chaque année, soit un enfant toutes les trois minutes. Alors que le visage souriant de Lyhanna se propage sur les réseaux sociaux, rappel douloureux de la réalité de la pédocriminalité, des voix s'élèvent pour dénoncer une lenteur systémique dans la reconnaissance de ces crimes. Anne-Sophie Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, évoque le cas de Lyhanna comme un "déclencheur", qui résonne au milieu des révélations sur les abus dans le milieu scolaire.
Les allégations croissantes de violences sexuelles au sein de l'établissement catholique de Notre-Dame-de-Bétharram montrent que cette tragédie est loin d'être unique. 200 plaintes ont été déposées, beaucoup ayant été frappées de prescription, illustrant un silence insupportable autour de ces violences. Anne-Sophie Mailfert souligne : "A chaque fois, on voit que les institutions se protègent".
L'injustice de trop
D'après Mailfert, "on est bien sur un problème systémique et la colère est d'autant plus grande quand on réalise que ce meurtre aurait pu être évité". Ce cas devient ainsi une "injustice de trop", comme le partage l'actrice Andréa Bescond sur les réseaux sociaux, capturant l'indignation collective face à l'inefficacité des institutions.
Des milliers de personnes ont participé à des manifestations dans plus de 160 villes de France, appelant à la protection des enfants victimes. Sur les pancartes étaient inscrits des slogans poignants tels que "Combien de Lyhanna encore ?" et "Je suis Lyhanna". Son portrait, réalisé par Agathe Sorlet, a été brandi par les manifestants pour commémorer les jeunes victimes d'abus sexuels, témoignant d'une prise de conscience croissante dans la société française.







