Le ministère des PME a lancé une campagne, jeudi, pour faire face à un défi démographique croissant. En effet, 500.000 chefs d'entreprises atteindront l'âge de la retraite dans les dix prochaines années sans plan de succession, ce qui concerne environ trois millions de salariés.
Un constat alarmant
D'après l'économiste Alain Tourdjman, présent à Bercy lors de l'événement "Objectif Reprises", organisé par le cabinet du ministre des Petites et Moyennes entreprises, Serge Papin, 29 % des dirigeants de PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont actuellement 60 ans ou plus, comparé à seulement 15 % il y a deux décennies. Beaucoup de chefs d'entreprise choisissent de se retirer sans céder leurs activités, ce qui engendre des problématiques majeures pour la continuité.
Aujourd'hui, Bercy souligne qu'une entreprise sur deux ne parvient pas à trouver un repreneur, malgré l'intérêt croissant pour l'entrepreneuriat. En effet, près de 30 % des Français souhaitent se lancer, et plus de 50 % des jeunes de 18 à 34 ans partagent cette ambition. En 2022, 1,16 million d'entreprises ont été créées.
Un aspect psychologique fort
Céder son entreprise est souvent décrit comme un acte émotionnel. Alain Di Crescenzo, président de CCI France, souligne que pour les dirigeants de petites entreprises, des freins psychologiques demeurent. La peur de la réaction des clients ou de la concurrence peut paralyser de nombreux chefs d'entreprise. Michel Picon, président de l'U2P, insiste sur l'importance de la dimension humaine dans ce processus, évoquant la charge émotionnelle liée à la transmission d'un projet de vie.
Serge Papin, ancien dirigeant de Système U, déclare que cette aventure est souvent vécue de manière solitaire, avec des doutes et des craintes à affronter.
Transmissions complexes
Patrick Martin, président du Medef, témoigne de sa propre expérience en chutant une transmission familiale réussie grâce au dispositif fiscal du Pacte Dutreil. Il prépare la nouvelle génération à prendre les rênes de son entreprise. Cependant, le fils de M. Di Crescenzo a récemment décidé de ne pas reprendre l'affaire familiale, une décision qui soulève des interrogations sur la transmission non familiale.
D'autres histoires, comme celle de Stéphane Westelynck, ancien directeur d'une entreprise de literie, montrent que certains dirigeants parviennent à faire appel à des repreneurs motivés, même sans liens de parenté.
En revanche, des figures emblématiques comme Bernard Arnault, PDG de LVMH, restent aux commandes et prévoient leur succession à long terme, se projetant dix ans dans le futur.
Des solutions rendues publiques
Pour Serge Papin, relayer l'importance de la reprise d'entreprise est essentiel pour plusieurs raisons : maintenir la souveraineté économique, préserver l'activité locale et transmettre les compétences. À cet égard, les dirigeants de plus de 55 ans recevront un message d'alerte sur ce sujet crucial.
Les CCI et les Chambres de métiers sensibiliseront également 25.000 entreprises par an pour encourager cette dynamique. De plus, des lycées professionnels et des écoles de commerce se mobiliseront afin de valoriser l'entrepreneuriat sous toutes ses formes.
Le projet de la Bourse de la transmission sur le site de Bpifrance, qui compte actuellement 43.246 affaires à reprendre, sera transformé en un "Tinder de la reprise" selon M. Papin, et accompagnera des rencontres stratégiques organisées par les CCI et CMA. Des mesures fiscales favoriseront également les transitions vers des successeurs salariés, augmentant ainsi les opportunités pour de nombreuses entreprises.







