Cristian Herrera, journaliste d'investigation basé à Cúcuta, a été froidement abattu le 6 juin par un tueur à moto, devant sa famille, soulevant une chaleur émotionnelle dans un pays déjà frappé par de nombreux meurtres de journalistes. Avec la mort d'Herrera, le nombre total de journalistes tués depuis 1977 en Colombie atteint désormais 171. Ce meurtre tragique intervient à peine un mois après celui de Mateo Pérez, un journaliste de 24 ans, torturé et tué par des dissidents des Farc dans le village de Briceño, comme l'ont rapporté plusieurs médias tels que La Opinión.
Dans son éditorial poignant, le quotidien La Opinión rappelle que "ils n’éteindront pas sa voix", tandis que l’absence de justice et d'élucidation des crimes contre la presse continue d’affecter le pays. Ce climat tragique est accentué par une impunité persistante, comme le souligne El Colombiano, qui avertit que "le dénominateur commun demeure l'absence d'élucidation des agressions".
La communauté des journalistes déplore la perte d'Herrera, un vétéran de 48 ans, qui était reconnu pour sa couverture de la criminalité dans la région frontière entre la Colombie et le Venezuela. Dans un article du El Espectador, il est précisé que Herrera avait reçu plusieurs prix pour son travail et qu'il enquêtait sur des affaires sensibles impliquant un sénateur récemment élu. "Cúcuta affronte depuis longtemps une crise alimentée par la contrebande, le trafic de drogue et la corruption", observe le quotidien.
"Dans ce contexte, exercer le métier de journaliste est un acte de foi", explique un expert.
En dépit des menaces reçues, Herrera était rentré en Colombie après un exil temporaire au Chili, bénéficiant d'une protection étatique, mais son décès témoigne d'une montée alarmante de violences contre les journalistes, comme le rapporte Noticias Caracol. En 2024, il avait déjà averti sur les réseaux sociaux que "le journalisme d'investigation est en train de mourir à Norte de Santander".
Les violences ont tendance à augmenter depuis la signature de l'accord de paix en 2016, particulièrement dans les zones frontalières où de nouveaux groupes armés prennent le contrôle de l'espace laissé par l'État. Selon la Croix-Rouge, notre pays connaît la pire situation humanitaire depuis une décennie, comme le précise El País América.
En répétant ce cycle tragique, le meurtre de Cristian Herrera est considéré comme une attaque contre l'intégrité du journalisme colombien et témoigne de l'échec des autorités à protéger les voix critiques dans le pays, conclut El Espectador.







