Trois ans de prison avec incarcération immédiate ont été demandés à l'encontre du fondateur du groupe Telegram "Balance ta Balance", un espace où des informations et des photos d'autres détenus étaient publiées. Ce groupe, qui a vu le jour en juin 2023 à la prison de Tarascon (Bouches-du-Rhône), a attiré plus de 20 000 abonnés et a diffusé des données personnelles touchant une centaine d'individus ayant été incarcérés.
Les éléments divulgués incluaient des détails préoccupants tels que les adresses des personnes, des extraits de leurs dossiers judiciaires ou même leurs numéros de cellule. Kevin M., le créateur du groupe, est incarcéré depuis ses 20 ans et purge une peine de 14 ans de prison pour des faits graves tels que l'enlèvement et le vol aggravé.
Le groupe se revendiquait comme "l'ennemi public n°1 des balances", utilisant un emoji représentant une balance et un drapeau pirate. Lors du procès, le prévenu a déclaré : "Les textes me font honte, mais je savais que c'est ce que ma communauté voulait".
L'audience a été ponctuée par des exemples troublants. Une photo d'un homme souriant sur une plage était accompagnée d'un appel à l'action provocateur : "on compte sur vous, faites le job". Le président de la cour, Guillaume Daieff, a réagi en s'interrogeant sur la signification de cette phrase. Kevin M. a justifié ses actes en affirmant qu'il cherchait à répondre aux attentes de son public.
L'avocate du prévenu, Me Sukeyna Elachguer, a fait valoir qu'il n'existait aucune preuve tangible de violences engendrée par ces publications, demandant une révision de la peine. Elle a décrit le désir de Kevin M. de faire le buzz entre détenus comme une tentative de préserver son honneur en prison.
Un témoin, également détenu, a partagé son expérience traumatisante en visioconférence, évoquant l'impact négatif d'une conversation divulguée avec un policier. D'autres groupes similaires, comme "Balance ton four", ont vu le jour, tandis que Kevin A., un autre incarcéré, a expliqué comment il exploitait la visibilité du groupe pour relayer des annonces de trafic de stupéfiants.
Lors de son témoignage, la procureure Flore Mevel a qualifié cette situation de "justice privée", interrogeant le prévenu sur la définition qu'il donne au terme "balance". Kevin M. a répondu que cela désignait quelqu'un qui cherche à s'en sortir mais qui ne prend pas la responsabilité de ses actes. Reconnaissant sa propre situation, il a ajouté : "Oui, on m'a balancé".
La plateforme Telegram, pour sa part, n'avait pas initialement répondu aux requêtes de la justice, entraînant l'ouverture d'une enquête judiciaire. Ce n'est qu'après l'arrestation de son fondateur, Pavel Durov, que Telegram a commencé à coopérer en septembre 2024, indiquant que le défaut de communication était lié à des problèmes logistiques internes et non à une absence d'engagement.
La décision finale sur cette affaire sera rendue le 19 mai.







