Plus de 320 manifestations sont programmées pour jeudi 1er mai en France. Les syndicats souhaitent préserver la signification forte attachée au seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré, alors que le gouvernement envisage d'assouplir la législation.
Les syndicats s'engagent à défendre un 1er Mai chômé, alors que boulangers-pâtissiers et fleuristes se retrouvent dans l'incertitude sur les règles applicables. Ce jour férié, emblématique pour les travailleurs, pourrait être singulier cette année suite à plusieurs semaines de débats intenses.
Les syndicats sont déterminés à faire entendre leur voix lors de ces cortèges en faveur du maintien du caractère chômé du 1er mai. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a annoncé sur Franceinfo que plus de 100 000 personnes pourraient participer aux 320 manifestations à travers le pays. À Paris, un défilé est prévu à 14 h, partant de la place de la République en direction de la place de la Nation, avec la participation des leaders de la CFDT et de la CGT, Marylise Léon et Sophie Binet.
Préserver le pouvoir d’achat et la démocratie
Les débats entourant le travail du 1er mai et l'augmentation des prix des carburants pourraient influencer le nombre de manifestants, bien que certains soient en vacances scolaires. L'an passé, les estimations variaient entre 157 000 et 300 000 participants selon les sources. En plus de défendre le caractère chômé du 1er mai, les syndicats prônent une mobilisation en faveur du pouvoir d'achat face à la montée de l'inflation et pour défendre la démocratie, un an avant l'élection présidentielle. Laurent Escure, secrétaire général de l'Unsa, souligne l'importance de préserver le « cadre démocratique, condition essentielle de la défense des travailleurs », dans un contexte où « la loi du plus fort » prédomine à l'international. Pour Yvan Ricordeau, numéro deux de la CFDT, le 1er mai possède une « tonalité significative cette année », en raison des « velléités de le remettre en question ».
Face à l'opposition unanime des syndicats, le gouvernement a abandonné une proposition de loi soutenue par l'ex-Premier ministre Gabriel Attal, qui permettait d'ouvrir certains commerces le 1er mai. Le projet de loi se concentre désormais uniquement sur les artisans boulangers et fleuristes, avec des discussions à mener au sein de ces secteurs, prévoient une mise en œuvre avant le 1er mai 2027. Les syndicalistes des cinq confédérations (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC) redoutent cette initiative, craignant des ouvertures futures. Sophie Binet, dans L'Humanité, déclare : « Nous avons évolué d'une situation touchant plusieurs millions de travailleurs à un texte ne concernant que 200 000 au maximum. C'est encore trop ».
Des clarifications attendues pour le 1er mai
En attendant une clarification légale, l'incertitude perdure pour ce jour férié. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a affirmé lors d'une récente déclaration qu'aucune directive n'avait été donnée concernant la verbalisation des boulangeries et fleuristes qui pourraient ouvrir le 1er mai. Il a toutefois exprimé un souhait pour une « intelligence collective ». Une communication de la Direction générale du travail, consultée par l'AFP, rappelle aux agents de contrôle le « contexte unique de ce 1er mai », tandis qu'une loi est en cours de préparation pour les artisans de la boulangerie et de la fleuristerie.
À Bourg-la-Reine, en périphérie parisienne, Benjamin, artisan boulangé, prévoit d'ouvrir sa boutique vendredi, même si la législation n'est pas encore formalisée. « Cette année, c'est envisageable s'ils le souhaitent », explique-t-il, alors que dans les années précédentes, seuls les patrons travaillaient ce jour-là.
Un contexte favorable aux grandes surfaces
Cette confusion « complique la situation », confie Cécile Clamme, inspectrice du travail et secrétaire générale de la CGT-TEFP. Elle craint qu'une « confrontation avec un boulanger soit possible ». Elle souligne par ailleurs l'inadéquation entre le faible nombre d'inspecteurs, environ 1 800, par rapport aux établissements concernés. « Les contrôles ne seront pas nombreux avec un tel ratio », ironise-t-elle, ajoutant que ce débat pourrait occulter la situation des supermarchés, qui, eux, peuvent ouvrir sans crainte grâce à un comportement de type “pas vu, pas pris”.
Sur le plan politique, ce sujet divise toujours les acteurs politiques. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a appelé à traiter cette question avec sérieux, en préservant la signification historique du 1er mai pour les travailleurs. De son côté, Gabriel Attal se rendra dans une boulangerie de Vanves, tandis que le candidat LR à l’Élysée, Bruno Retailleau, sera présent à Cholet pour parler de « travail gagnant ».







