Chaque samedi, l'actualité est remise en perspective grâce à l'historien Fabrice d'Almeida.
La disparition tragique de la jeune Lyhanna souligne des dysfonctionnements graves dans le système judiciaire français, comme l’a indiqué Gérald Darmanin, ministre de la Justice. En conséquence, une enquête administrative a été ouverte pour examiner les circonstances de cette affaire tragique. Ce type de dysfonctionnement n’est pas nouveau et s’inscrit dans une longue histoire de l’échec judiciaire en France, souvent soulignée lors de grandes affaires criminelles.
Pour illustrer cette problématique, on peut remonter à l’un des premiers cas de tueur en série en France : Joseph Vacher en 1893. Ce dernier, après une tentative de suicide ratée à Baume-les-Dames, souffre de graves séquelles physiques qui deviendront rapidement son trait distinctif. Devenu erratique, Vacher commence alors une série de meurtres, s’attaquant principalement à des jeunes, tout en échappant à la justice.
À cette époque, le manque de coordination entre les forces de l’ordre complique considérablement la traque du tueur. La gendarmerie, coupée en départements, ne parvient pas à suivre ce vagabond qui change de lieu et de juridiction en permanence, rendant son arrestation quasi impossible. Des témoins fournissent des descriptions précises, mais elles restent sans réponse, laissant le champ libre à la violence.
Un premier service national d'enquête est créé
C'est finalement grâce à l'intelligence d'un magistrat, le juge d'instruction Émile Fourquet, que Vacher sera capturé en 1897. À peine arrivé dans son nouveau poste à Belley, il relie habilement différentes affaires criminelles et interpelle Vacher, confirmant ainsi ses soupçons d’un récidiviste notoire. Cette affaire laisse un héritage significatif dans l’organisation judiciaire française, menant à la création du Quai des Orfèvres, le premier service d’enquête criminelle national, et à l'amélioration de la coopération entre les gendarmes.
Ce récit passionnant a même inspiré Bertrand Tavernier en 1976 pour son film Le Juge et l'Assassin, mettant en lumière les enjeux complexes entre justice, société et criminalité.







