Le 21 mai, Emmanuelle M. est jugée par la cour d'assises de Moulins pour l'assassinat de sa fille Lilou, âgée de 7 ans. Au tribunal, elle assure ne conserver « aucun souvenir » des événements tragiques survenus en février 2023. Les récits poignants de ses proches, ainsi que du père de l’enfant, ont marqué l’audience, rapportent nos confrères de Libération.
Ce jour-là, aux alentours de 9h20, les gendarmes reçoivent un appel alarmant de Jordane B., le père de Lilou. Il avoue que son épouse, dont il était séparé depuis plusieurs mois, vient de poignarder leur fille à leur domicile à Saint-Loup (Allier), avant de tenter de mettre fin à ses jours.
À la barre, la mère, âgée de 41 ans, vêtue de noir, éclate en sanglots lors du rappel des faits. Bien qu’elle reconnaisse le meurtre, elle affirme être dans l'incapacité de se souvenir de cette journée tragique. « Tous les soirs, je me couche en me demandant ce qu’il s’est passé », confie-t-elle, en plein désespoir. Elle ajoute : « Je pense au papa de Lilou, qui ne me pardonnera jamais, et je le comprends. »
Une mère fusionnelle avec sa fille
Les proches d’Emmanuelle décrivent une relation fusionnelle : « C'était sa fille, son Dieu », témoigne sa mère, Dominique M., qui évoque un pardon accordé à sa fille. Des amies, Stéphanie C. et Isabelle M., rappellent les drames qui ont marqué la vie d’Emmanuelle : un bébé mort-né, une fausse couche et plusieurs interruptions volontaires de grossesse avant la naissance de Lilou. Elles confient ressentir une grande culpabilité de ne pas avoir perçu l’aggravation de son état mental pendant sa séparation.
Toutefois, le procès met également en lumière des zones d'ombre concernant Emmanuelle. Elle a évoqué l'existence d'un grand frère imaginaire vivant en Allemagne, ce qu’elle explique froidement devant le jury. Cette révélation fragilise sa défense, qui plaide l'abolition de son discernement le jour des faits.
Le témoignage de Jordane B. provoque une atmosphère glaciale dans la salle. Le matin de la tragédie, il découvre une maison enfumée, sa compagne tentant de se suicider dans la cheminée. Après avoir cherché leur fille, il la trouve sans vie dans le lit, croyant d'abord à une intoxication due à la fumée.
Quatre psychiatres sont maintenant chargés d’évaluer l’état mental d’Emmanuelle au moment des faits. Elle risque une réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu pour le 22 mai.
Comment la justice détermine la responsabilité pénale en cas de troubles psychiques
En France, un individu peut être déclaré pénalement irresponsable si les jurés estiment qu’un trouble psychique a aboli sa capacité à discerner ses actes au moment des faits. Des experts psychiatres examinent l'état mental de l'accusé, mais leur avis n'est pas déterminant. Le jugement revient aux magistrats et aux jurés, qui s'appuient sur les expertises et sur les éléments factuels, comme la préparation du geste ou le comportement après le crime.







