Les avocats des barreaux de Grenoble, Vienne et Bourgoin-Jallieu se mobilisent ce lundi 13 avril, rejoignant ainsi un mouvement national de contestation. Leur cible : le projet de loi instaurant un « plaider coupable » pour les crimes, une réforme qu'ils jugent dangereuse et expéditive.
Au cours de cette journée, les tribunaux isérois resteront désertés, avec une absence quasi totale d'audiences, soulignant l'ampleur de la protestation. Le texte, actuellement débattu au Sénat, propose une procédure de jugement des crimes reconnues, permettant à un accusé de reconnaître sa culpabilité pour bénéficier d'une peine négociée avec le procureur. Pour le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, l'objectif est de réduire les délais de traitement des affaires, mais les avocats craignent que ce mécanisme ne sacrifie la qualité de la justice.
Traditionnellement, les crimes tels que les meurtres et viols sont jugés par des cours d'assises, où le processus peut durer deux à trois jours, impliquant experts et témoins. Avec la réforme, la procédure pourrait devenir expéditive, sans véritable débat judiciaire. Maître Jérémy Zana, bâtonnier du barreau de Vienne, s'alarme des implications : "Cette réforme prive d'un débat public essentiel, nuisant ainsi à la qualité des décisions judiciaires".
Les avocats alertent également sur le risque de rendre invisibles les souffrances des victimes. "Les procès sont des moments de reconstruction pour ces personnes, et le tout va être réduit à une transaction rapide", affirme Maître Zana. De son côté, Maître Justine Barnouin, vice-bâtonnière du barreau de Bourgoin-Jallieu, fait écho à cette inquiétude, arguant que "réduire la justice à une logique de traitement de flux ne peut pas garantir la protection des victimes".
Les avocats s'opposent également à l'extension des cours criminelles, qui ne comprendraient que des juges professionnels, sans jury populaire. Ils craignent que cette situation n'entraîne une pénurie de magistrats, compromettant ainsi le fonctionnement des autres juridictions. Le barreau de Bourgoin-Jallieu souligne que des moyens supplémentaires sont nécessaires pour garantir une justice de qualité, plutôt qu'une justice rapide.
Malgré la pression du gouvernement pour simplifier le système judiciaire, la grève des avocats isérois rappelle l'importance d'une justice réfléchie et équitable. Les tribunaux isérois sont aujourd'hui le reflet d'une anxiété plus large concernant les réformes judiciaires en cours en France.







