"Nous sommes débordés par le nombre de dossiers", confie une enquêtrice spécialisée dans les violences faites aux mineurs, alors que les dysfonctionnements entourant le traitement pénal du principal suspect dans la mort de Lyhanna continuent d'exacerber la colère des familles victimes.
La tragédie de la jeune Lyhanna illustre une crise politique croissante pour l'exécutif. Le gouvernement, face à des critiques de la part des familles et de divers partis politiques, cherche activement des solutions. "Les véritables enjeux résident dans les moyens accordés à la justice", a déclaré François Roujou de Boubée, avocat des parents de Lyhanna, lors d'une récente conférence à Fleurance. Les interrogations sur le manque de ressources résonnent, les critiques pointant vers un système judiciaire en détresse.
"On a 150 dossiers par personne"
La réalité pour cette policière chargée des violences sur mineurs est un quotidien rempli de stress et de frustration. "Nous avons atteint 150 dossiers par personne dans notre brigade, alors que le chiffre précédent tournait autour de 30 à 60", explique-t-elle en gardant l'anonymat. Pour décrire l'ampleur de la saturation, elle utilise la métaphore d'un médecin soumis à plusieurs cas d'urgence : "C'est comme si nous avions trois arrêts cardiaques en même temps".
Les enquêteurs se voient alors forcés de trier les dossiers, parfois en fonction du risque encouru par les victimes, un choix amer lorsqu'il s'agit de cas comme celui de Lyhanna, où les conséquences peuvent être tragiques.
"Les victimes n'ont pas à subir nos difficultés"
Cette situation met en lumière le dilemme moral auquel font face les policiers. "Nous avons une charge mentale intense, car nous devons expliquer aux victimes notre surcharge de travail, mais pour elles, leur dossier est primordial", souligne cette enquêtrice. La colère des victimes et des familles, qui constatent l'absence de progrès dans leur affaire, est compréhensible. "Parfois, il est déconcertant d'entendre qu'un policier ne croit pas les victimes. Ce n'est pas la réalité, c'est juste une question de capacités", insiste-t-elle.
"Un logiciel de procédure complètement obsolète"
Mais au-delà de la surcharge de travail, ce témoignage met aussi en lumière des problèmes systémiques tels que le manque d'effectifs et des outils technologiques dépassés. "Nous utilisons un logiciel obsolète, ce qui ralentit considérablement nos enquêtes. Nous passons plus de temps à faire face à ces problèmes techniques qu'à résoudre des affaires", s'agace la policière.
Elle condamne les tentatives de blâmer des individus pour des échecs systémiques : "Il est injuste de pointer du doigt un policier ou un procureur. Le système dans son ensemble est sous pression, avec des millions de plaintes en attente – un million de plus qu'il y a trois ans selon le ministre de la Justice", rapporte franceinfo.







