Frontières devant la justice : enquête sur un appel à la violence ciblant des avocats

Frontières, média d'extrême droite, jugé pour avoir exposé des avocats à des menaces
Frontières devant la justice : enquête sur un appel à la violence ciblant des avocats
Le micro de Media Frontières lors de l'interview d'une militante du Collectif Nemesis, à Paris, le 22 novembre 2025. - QUENTIN DE GROEVE / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
Début 2025, le média identitaire Frontières a publié une liste d’avocats spécialisés en droit des étrangers, les désignant comme "coupables" de "l’invasion migratoire", entraînant harcèlement et menaces. Son directeur, Erik Tegnér, a été jugé à Bobigny.

La question à laquelle doit répondre le tribunal correctionnel de Bobigny est de savoir si le média Frontières a délibérément mis en danger des avocats par ses publications. Le 30 janvier 2025, ce média d'extrême droite a diffusé un hors-série dans lequel il dressait une liste de 60 avocats, présentés comme responsables de l'"invasion migratoire".

Ce magazine, tiré à 20 000 exemplaires, a établi un "podium" des avocats les plus actifs en matière de défense des étrangers en situation irrégulière, les qualifiant de "militants idéologiques" profitant d’un "business juteux". Les avocats ciblés proviennent de villes comme Toulouse, Marseille et Paris.

Témoignages choquants de harcèlement

Me Samy Djemaoun, l'un des avocats visés, a décrit les menaces incessantes qu'il a reçues, expliquant qu'elles ont engendré un climat de peur parmi ses confrères. Une avocate, Sophie, a retrouvé des croix gammées près de son bureau, tandis que d'autres, comme Me Myriam Si Hassen, ne se sentaient pas en sécurité même accompagnées.

Les avocats, touchés par ces événements, expriment un sentiment de "détresse psychologique" et "hypervigilance", la décision du tribunal sur cette affaire étant attendue le 18 juin 2026.

Le média a également alimenté la haine sur les réseaux sociaux, identifiant et diffamant certains avocats, insinuant qu’ils étaient “payés par vos impôts”. Un salarié de Frontières a même laissé entendre sur Twitter qu'il fallait "à eux de trembler".

La réaction de la communauté juridique a été immédiate. Des figures comme la bâtonnière de Marseille ont dénoncé le "dossier nauséabond", arguant que défendre tout justiciable est essentiel à la fonction d’avocat, alors que le Conseil national des barreaux a exprimé sa préoccupation face à une telle divulgation.

Responsabilité et risque encouru

Erik Tegnér, devant le tribunal, n’a montré aucun signe de remords, soutenant que son intention n’était pas de livrer ces avocats à la vindicte publique, mais de dénoncer un système. Cependant, il est accusé d’exposer autrui à un risque d’atteinte à la personne, une infraction rare dans ce contexte. La loi, instaurée après l’assassinat de Samuel Paty, cherche à prévenir des actes de "doxxing".

Le président de la 14e chambre, Youssef Badr, a interrogé Tegnér sur le choix de publier les noms et prénoms des avocats, suggérant que cela pouvait encourager des comportements violents. Malgré le refus de Tegnér d'accepter cette logique, l’impact de ses écrits est indubitable.

“Quand on dit les 'coupables', ce n’est pas au sens juridique”, a insisté Tegnér.

Pour de nombreux avocats, tels que Ségolène Rouillé-Mirza, ce type de discours semble appeler à une sanction violente. Elle souligne que cette violence sémantique peut précéder des actes physiques de violence ciblée.

L'argument de l'enquête journalistique contesté

Tegnér se défend en affirmant que Frontières est un "média d’enquête". Pourtant, il est questionné quant à la rigueur de ses méthodes. Les avocats accusent tous des erreurs flagrantes dans le traitement et le classement selon leurs pratiques.

Au cours de l’audience, il est également apparu que le classement des avocats ciblés avait été effectué sur la base de décisions judiciaires de seulement deux mois, une méthode critiquée pour son manque de crédibilité. Les avocats ont tous nié avoir été contactés pour donner leur version.

Erik Tegnér a terminé sa plaidoirie en dénonçant une psychose parmi les avocats, qu’il accuse de créer une peur mutuelle. Néanmoins, les argumentaires de la procureure soulignent que l'intention du média est claire : désigner des cibles pour la vindicte publique.

Dans ce procès se joue non seulement la réputation de Frontières, mais aussi les enjeux de la responsabilité journalistique à l’ère des fake news et de la désinformation. Alors que le jugement est attendu, la question de l'éthique et de la sécurité des avocats demeure au cœur des débats.

Lire aussi

Drame sur la plage : une adolescente de 14 ans meurt noyée lors d'un footing
Une adolescente de 14 ans, en vacances à Vendres, a tragiquement été retrouvée noyée. Les circonstances entourant cet événement sont actuellement en enquête.
11h15
Un refus d'indemnisation annulé : la Cour de cassation protège les victimes de violences
La Cour de cassation précise que l'absence de réaction d'une victime durant une agression ne doit pas réduire son droit à indemnisation.
10h54
Gérard Depardieu abandonne ses poursuites contre France Télévisions : un tournant inattendu
Gérard Depardieu abandonne ses poursuites contre France Télévisions suite à la diffusion d'un reportage controversé dans Complément d'enquête. Découvrez les détails de cette décision inattendue.
10h21
Une nouvelle étape pour la Birmanie : l'annulation des peines de mort
Le leader birman Min Aung Hlaing annule les peines de mort, une décision controversée face aux scepticismes des familles de dissidents.
09h48
Un bodyboardeur secouru au large de la Gravière à Hossegor : l'importance de la vigilance
Un homme a été secouru par les pompiers à Hossegor alors qu'il pratiquait le bodyboard. Cet incident rappelle l'importance de la sécurité sur les plages.
09h21
Un homme gravement blessé à Villeurbanne : les recherches intensifiées
Un homme est dans un état critique après un poignardage à Villeurbanne. Les autorités intensifient leur enquête pour retrouver l'agresseur.
16 avril